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Diosgy�r

 

 

 

 

 

 

par

 

 

 

 

 

 

Michel KLIMO

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L�, o� s��l�ve aujourd�hui la ville florissante de Diosgy�r, vivait autrefois, au sein d�une petite famille heureuse, un chasseur nomm� Paul Dios. Devant la modeste chaumi�re, se trouvait un �norme noyer dont la r�colte �tait toute la fortune de ces pauvres gens.

Par une belle soir�e d��t�, toute la famille se reposait sous le noyer. Ma�tre Paul, qui �tait absorb� dans une r�verie, rompit enfin le silence, et dit en soupirant :

� Mon Dieu, combien je serais plus heureux si j�avais beaucoup, beaucoup d�argent !

La femme, qui ne comprenait rien � ce changement subit dans le caract�re de son mari, lui dit :

� Qu�est-ce qui te prend, mon ami ?

� Ne sommes nous pas bien ici ? C�est blasph�mer contre le Bon Dieu que de te plaindre, comme tu fais.

� Tiens, poursuivit ma�tre Paul, vois-tu ce vaste pays inculte ? Les collines sont d�sertes, personne ne laboure ces champs, qui rapporteraient si bien. Oh ! si je pouvais peupler ce pays ! L�, sur la cime de cette montagne, s��l�verait un beau ch�teau ; ici, dans la vall�e, je ferais labourer les champs de bl� ; sur la c�te de la rivi�re, il y aurait de belles vignes ; j��tablirais des moulins ; enfin je ferais de cette belle contr�e une source intarissable de richesse.

Cela dit, le mari se leva et disparut bient�t dans la for�t, o� il erra longtemps en proie � une inqui�tude et un m�contentement dont il ne pouvait se rendre compte. Vers minuit, il se coucha accabl� par le sommeil, et s�endormit profond�ment. Dans son r�ve, il vit venir � lui un vieillard qui lui dit : � Ta demande s�accomplira, mon ami. Va � Nagyvarad, et restes-y trois jours sur la grande place.

D�s qu�il se r�veilla, ma�tre Paul se mit en route pour la ville indiqu�e, o� il arriva au bout de trois jours. Il alla se poster sur la grande place, comme le lui avait enjoint le vieillard. Il y trouva des groupes de journaliers, qui s�y rassemblaient chaque matin pour aller au travail.

Tout � coup, il vit se d�gager de la foule un homme � barbe blanche, qui se dirigea vers lui.

Ma�tre Paul faillit tomber � la renverse. C��tait le m�me vieillard qui lui avait apparu dans son r�ve. Mais au lieu de lui offrir le tr�sor promis, le vieillard l�aborda ainsi :

� Veux-tu venir travailler dans ma vigne, je t�offre un franc par jour.

Ma�tre Paul d�sappoint� lui fit signe que non.

Le lendemain matin, le vieil homme vint encore inviter Paul � venir travailler dans sa vigne.

Tout honteux, Paul lui dit :

� C�est que j�attends quelqu�un.

Le surlendemain, le maire de la ville, ne roulant plus garder l�incognito, se r�pandit en invectives contre le malheureux Paul, et le traita de rien qui vaille, et de vagabond.

Humili�, Paul avoua son tort, et, pour s�excuser, il raconta au maire l�histoire de son r�ve. Le vieux Monsieur en rit jusqu�aux larmes, puis il dit :

� Niais que tu es, mon ami ! Le moyen de se laisser duper ainsi par un r�ve ! Si tous nos r�ves s�accomplissaient, je serais riche depuis longtemps. Sache que, moi aussi, j�ai fait un pareil r�ve ; trois fois de suite j�ai r�v� que loin d�ici, vers le Nord, au milieu de vastes for�ts, il y a une chaumi�re habit�e par un certain Paul Dios, et que sous un �norme noyer, qui se trouve devant sa porte, il y a trois cuves toute pleines d�or. Mais, plus sage que toi, je me suis moqu� de mon r�ve, et pour terminer, dit-il en plaisantant, je t�abandonne ce tr�sor ; tu n�as qu�� y aller.

Paul s�inclina, et en proie � un nouvel espoir fi�vreux, il partit au plus vite. Arriv� � la maison, il envoya chercher quelques habitants du village prochain ; on abatt�t le noyer, mais de tr�sor, on n�en trouva point.

Mais il n�en d�couvrit pas moins le tr�sor cach�. On se mit � labourer la terre ; peu � peu la contr�e se peupla, et Paul finit par en faire un centre d�agriculture et d�industrie. Les ruines du ch�teau qu�il y fit b�tir sont les derniers restes de l��tat sauvage de cette contr�e.

 

 

 

Michel KLIMO,

Contes et l�gendes de Hongrie,

1898.

 

 

 

 

 

 

 

 

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