N�e
le 4 mars 1982, H�l�ne Balse grandit � Villeneuve sur Lot. Bassiste �lectrique,
puis contrebassiste, elle se passionne tr�s t�t pour la musique et en
particulier celle de jazz. D�s l��ge de 14 ans, elle se produit r�guli�rement
au sein du blues band Body & Soul. A 17 ans, elle d�cide de faire sa vie
dans la musique. Apr�s un Bac scientifique option math�matique qu�elle obtient
avec succ�s, elle encha�ne DEUG et Licence Musicologie � l�Universit� de
Bordeaux 3. Passionn�e par le jazz et d�sirant poursuivre ses �tudes avec les
meilleurs professeurs, elle s�installe � Paris et int�gre l�Universit� de La
Sorbonne - Paris 4. Elle pr�pare une Ma�trise Musicologie aux c�t�s de Laurent
Cugny sur le th�me : L��volution du r�le de la contrebasse dans le jazz,
de Jimmy Blanton � Scott Lafaro, � laquelle elle obtient une mention tr�s
bien en juillet 2003. � suivre�
Mail: lnbalse@hotmail.com
L'evolution du role de la contrebasse dans le jazz jusqu'en 1960.
De Jimmy Blanton � Scott Lafaro
H�l�ne
BalseMa�trise
de MusiqueUniversit�
Paris 4 La Sorbonne2003Directeur
de Recherche : Laurent Cugny
RemerciementsJe remercie avant tout Laurent Cugny, qui a
satisfait tous mes espoirs (et m�me plus) concernant le choix de rejoindre la
capitale que j�ai fait en septembre dernier. Il m�a permis de r�aliser une
ma�trise sur le jazz avec l�aide d�un directeur de recherche sp�cialiste en
jazz. � ce jour, ils sont trop peu nombreux en France compte tenu de la
quantit� d��tudiants qui se passionneraient pour ce genre de travaux, mais qui
n�ont pas la possibilit� de les concr�tiser. Je tiens � pr�ciser que ses
encouragements permanents, son investissement sans rel�che, son attention, sa
grande exp�rience et ses connaissances approfondies sur le sujet m�ont �t�
d�une aide pr�cieuse et conforte l�id�e qu�il a tout pour faire une prodigieuse
carri�re universitaire, � l�image de celle qu�il conna�t d�j� en tant que
musicien.Je remercie tous les musiciens qui ont
r�pondu � mes demandes avec simplicit�, gentillesse et g�n�rosit�. Je les
remercie pour la disponibilit� dont ils ont fait preuve et l�entrain qui les a
anim�s. J�adresse donc ces remerciements � H�l�ne Labarri�re, Riccardo Del Fra,
R�mi Vignolo, Patrice Caratini, Michel Benita et Jacques Vidal (qui est
�galement mon professeur de contrebasse jazz au conservatoire Nadia & Lilli
Boulanger).
J�attribue un grand merci � mes parents, ma
famille et mes amis, qui ont largement contribu� au bon d�roulement de cette
ann�e universitaire. Merci � Guillaume Nouaux pour ses conseils musicaux, son
soutien et son enthousiasme. Enfin, merci � Jimmy Blanton, Scott LaFaro et bien
d�autres qui nous offrent tant de plaisir et d��merveillement�IntroductionToute soci�t�, tout groupe organis� est fond�
entre autres, sur la r�partition des t�ches entre ses diff�rents membres. Une
hi�rarchie s'instaure entre les composants afin que s'�tablisse un bon
�quilibre de l'ensemble. De la m�me mani�re, dans le jazz, chaque �l�ment de la
formation remplit une fonction particuli�re. Ces attributions rev�tent une
grande importance dans le premier jazz qui na�t � La Nouvelle-Orl�ans � la fin
du XIXe si�cle. Au fil des ann�es, le r�le attribu� � chaque membre
de la formation s'�largit et finit m�me par �tre totalement rejet� dans
certains styles de jazz, tel que le free-jazz des ann�es 1960.L'�volution du r�le de la contrebasse est
directement concern� par ce ph�nom�ne. Son �tude nous semble incontournable
lorsqu'il s'agit d'appr�hender l'histoire du jazz dans sa globalit�. La
reconstitution du chemin trac� par l�ensemble des contrebassistes successifs
repr�sente un travail qui d�passe le cadre d'une seule �tude. Nous avons donc
fait le choix de ne traiter qu'une p�riode limit�e de cette histoire du jazz.
L'�tude portera sur la p�riode qui s'�tend de la naissance du jazz jusqu'aux
ann�es 1960, date � laquelle le jazz conna�t une v�ritable explosion, de
nombreuses fusions avec d'autres styles de musique voyant le jour.Le pr�sent m�moire se propose de mettre en
�vidence la place de la contrebasse � travers les diff�rentes �poques et
formations. Il para�t riche d'int�r�ts de d�gager les moteurs et les
cons�quences de sa m�tamorphose tout au long de cette p�riode � la fois
cruciale et f�conde.Cette r�flexion s'articule autour de deux
p�les majeurs : Jimmy Blanton (1918-1942) et Scott LaFaro (1936-1961). Ces deux
personnages phares �clairent utilement l'ensemble tant ils ont r�volutionn� le
r�le de la contrebasse dans le jazz.La section rythmique d'une formation de jazz
constitue le noyau dur du groupe. Son cheminement historique refl�te ainsi
celui de l'�volution du jazz. La contrebasse est un �l�ment essentiel de cette
rythmique. Pour cette raison la compr�hension de l'�volution de cet instrument
� pourtant fort discret � constitue une base solide de l'�tude g�n�rale du
jazz. N�anmoins, on peut regretter une carence importante dans la litt�rature
de jazz � ce propos. En effet, il n'existe pas, � notre connaissance, d'ouvrage
r�unissant des informations sur la contrebasse � propos de safabrication, son �volution, son r�le, ses
rapports avec les autres instruments, les talents d�accompagnateurs, de
solistes et de compositeurs de certains contrebassistes, et les
caract�ristiques extramusicales des contrebassistes (personnalit�, contexte
social, musical, historique�). Il n'est pas sans int�r�t, de consid�rer plus
pr�cis�ment la distance sociale, raciale et musicale qui s�pare la personnalit�
des deux musiciens principaux �tudi�s dans cette recherche. En bref, un ouvrage
synth�tique qui concernerait la contrebasse dans le monde du jazz fait
cruellement d�faut.Le texte qui suit, veut �tre une amorce de ce
type de projet et tente modestement d'aborder les sujets �voqu�s ci-dessus. Mis
� part les autobiographies �crites par des contrebassistes (Pops Foster,
Charles Mingus) et les biographies de contrebassistes, les ouvrages consacr�s �
cet instrument demeurent rares. Cette particularit� concerne �galement cet instrument
dans la sph�re de la musique classique. Beaucoup reste � faire pour explorer
toutes les richesses de cet instrument. Le choix de ce sujet est �videmment
na�t de ma pratique personnelle de la contrebasse dans le contexte du jazz et
de la passion grandissante que je voue � cette musique.Notre r�flexion s'appuie sur un ensemble
vari� de sources. Ce corpus divers nous donne la possibilit� de percevoir le
sujet sous plusieurs �clairages diff�rents. Les ouvrages musicologiques nous
donnent la vision des historiens, les articles tir�s de revues sp�cialis�es en
jazz offrent l'information sous un aspect encore diff�rent, les entretiens avec
les musiciens rencontr�s tout au long de cette ann�e proposent une
repr�sentation de l'int�rieur, tandis que l'�coute et la pratique des �uvres
aboutit � une identification plus personnelle. La diversit� des sources procure
une ouverture d'esprit indispensable � une certaine objectivit� et une
meilleure int�gration de la mati�re.
Ainsi, pour r�aliser ce m�moire, nous nous
sommes appuy�s sur des livres g�n�raux concernant l'histoire du jazz (L'�pop�e du jazz et Le jazz dans tous ses�tats
de Franck Bergerot; L'histoire du jazz
de Schuller; Le jazz, Les ma�tres du
jazz, L�histoiredu jazz et de la
musique afro-cubaine de Lucien
Malson), des encyclop�dies (Le
dictionnaire du jazz de Philippe Carles, Andr� Clergeat et Jean-Louis Comolli),
des ouvrages p�dagogiques (Jazz mode
d'emploi de Philippe Baudoin; Lapartition int�rieure de Jacques Siron),
des �crits litt�raires (Des musiques de
jazz de Lucien Malson; Hommes etprobl�mes du jazz d�Andr� Hodeir; Jazz west coast d�Alain Gerber), des
livres approfondissant l��tude d�un instrument en particulier (Une histoire de la batterie de jazz de
Georges Paczynski; Drummin' men de
Burt Korall), des autobiographies (Moins
qu'un chien de Charles Mingus; L'autobiographie
de Miles Davis; Autobiography de Pops
Foster), des biographies (Mr Jelly Roll
d�Alan Lomax), des ouvrages universitaires (Sayin'
something d�Ingrid Monson; La
contrebasse dans le jazz d�Emmanuel Thiry), des revues (Jazz magazine, Jazz hot, Jazz man, Les Cahiers du jazz, Down beat, Modern jazz drummer, Musurgia�),
des entretiens personnels avec quelques jazzmen (Riccardo Del Fra, Patrice
Caratini, Michel Benita, H�l�ne Labarri�re, R�mi Vignolo, Jacques Vidal,
Guillaume Nouaux) et des documents vid�os, soit � caract�re documentaire, soit
pr�sent�s sous forme de m�thode.
� partir de ces documents et d'une r�flexion
personnelle, nous avons r�dig� un texte, qui est, le plus souvent possible,
illustr� � l'aide d'extraits musicaux. Il semble effectivement qu'un tel sujet,
par nature, ne puisse �tre trait� avec int�r�t sans la pr�sence de l'objet
�tudi�. Les exemples musicaux procurent, en outre, une facilit� quant � la
compr�hension du message. Thich Nhat Hanh, un grand moine bouddhiste, dit
qu�aucune explication, aussi longue et pertinente soit-elle, ne remplace la
d�gustation d�une mandarine pour comprendre � quoi correspond son go�t. Il en
est de m�me pour la musique, me semble-t-il, et pour une grande quantit� de
choses. Les exemples musicaux sont pr�sent�s dans le texte sous forme de liens
hypertextes, accompagn�s de leurs r�f�rences en notes de bas de page. Nous
indiquons �galement le num�ro de la plage correspondant aux cd fournis avec le
m�moire (ex : Body
and Soul[1]
(cd2, plage 7)).L'utilisation de nombreux termes anglais
emprunt�s au langage des jazzmen s�est av�r�e incontournable. Parmi eux, les
termes les plus essentiels pour saisir l'essence du jazz sont expliqu�s dans le
glossaire situ� � la fin du m�moire. En ce qui concerne la figuration des
termes �trangers, la fonction italique sera associ�e � tous les termes que nous
consid�rons comme non lexicalis�s en fran�ais � ce jour. La distinction
lexicale repose sur la pr�sence ou non du terme d'origine �trang�re dans le
dictionnaire fran�ais. Ainsi, les termes cha-ba-da,
washboard, woodblock, big band, brass band, charleston, interplay, walking
bass, New Orleans, hammer, piezzo, pull off, block chord, glissando, slap et stride sont en italiques, puisque non
lexicalis�s ; en revanche, les termes swing, be-bop, groove, jazzman,
free-jazz, revival et jazz cool sont �crits en caract�res romains puisque leur
pr�sence dans le dictionnaire sous-entend leur statut de termes lexicalis�s.
Une annexe est �galement pr�sente afin de
proposer des documents trop volumineux pour pouvoir �tre inclus dans le texte
mais n�anmoins indispensables. Des partitions, int�gr�es au texte, s�ajoutent
aux exemples musicaux compl�tant ainsi l'aspect auditif avec l'aspect visuel.
La r�flexion expos�e � travers ce m�moire est
organis�e selon quatre grandes parties. Celles-ci suivent l�ordre chronologique
des �v�nements, tout en �tant guid�es par les id�es directrices aff�rentes qui,
pour chacune d�entre elles, traitent d�un aspect particulier de l��volution du
r�le de la contrebasse. La vis�e de cette r�daction peut se r�sumer ainsi :
retracer l'�volution de la place de la contrebasse au sein des diverses formations
et �poques du jazz, et tenter de l'expliquer en examinant les diff�rents
facteurs qui ont suscit� cette �volution.
Le premier chapitre tente d��tablir un �tat
des lieux du premier r�le de la basse telle qu�elle est apparue � la naissance
du jazz : de quelle mani�re le contrebassiste exerce-t-il le soutien
harmonique et rythmique qui lui est attribu� ? Quel est le parcours
g�ographique des musiciens de jazz en ce d�but de si�cle ? En quoi la
diff�rence des lieux occup�s par les jazzmen a-t-elle influenc� la
musique ? Quelles relations existe-t-il entre contrebasse et tuba � cette
p�riode de l�histoire ? Quels sont les principaux contrebassistes qui ont
marqu� les premi�res d�cennies du jazz ?
Tout au long du deuxi�me chapitre, nous
essaierons de comprendre en quoi le contact de la contrebasse avec la batterie
a abouti � l��largissement du jeu contrebassistique. Dans quelles circonstances
est apparue la walking bass, �l�ment
essentiel des lignes de basse ? En quoi le cha-ba-da, qui est la
figure rythmique de base de la batterie de jazz, est-il intimement li� � la
notion de walking bass ? Quelles sont les influences r�ciproques
exerc�es par la batterie et la contrebasse ? Peut-on parler de complicit�
entre ces deux instruments ?
Dans le troisi�me chapitre, l�influence des
progr�s techniques est mise en jeu : pourquoi l�av�nement de
l�amplification peut-il �tre consid�r� comme une des innovations techniques les
plus essentielles survenues dans le jazz et dans l�histoire de la contrebasse
en particulier ? Quelles sont les modifications mat�rielles qui touchent
l�instrument lui-m�me ? Dans quelles proportions la physiologie de
l�instrument impose-t-elle des limites � l��mancipation de la
contrebasse ? Comment �volue la technique de jeu � la main droite ?Enfin, � partir des transformations �voqu�es
pr�c�demment, comment peut-on d�peindre le contrebassiste de la fin des ann�es
1950 ? C�est le th�me de notre dernier chapitre. Plus pr�cis�ment, quelles
caract�ristiques permettent � Scott LaFaro et ses successeurs d�acqu�rir un
statut quasi �quivalent � celui des autres instrumentistes ? Nous
commencerons par rechercher les circonstances de l�av�nement des premiers solos
de contrebasse dans le jazz. En quoi la place occup�e par la contrebasse dans
les trios est-elle particuli�re ? De quelle mani�re cette particularit�
est-elle approfondie � l�extr�me par Scott LaFaro dans le trio de Bill
Evans ? Quelles sont les caract�ristiques qui permettent de qualifier le
jeu de LaFaro de r�volutionnaire ? Quelles sont les tendances qui s�parent
les contrebassistes apr�s LaFaro ?
Chapitre
1 : Le premier r�le de la basse : une fonction fondamentale1.1. Le balancement de La
Nouvelle-Orl�ans1.2. Contrebasse ou tuba : � qui
revient l�h�g�monie ?1.3. Les premiers enregistrements et
leurs contraintes1.4. Pops Foster et Wellman Braud
1.1. Le balancement de
La Nouvelle-Orl�ans
On dit souvent que La Nouvelle-Orl�ans est le berceau du
jazz. � la fin du XIXe si�cle, cette ville accueille une multitude
d�influences, aussi diverses les unes que les autres, telles que l�op�ra
fran�ais, la chanson populaire, la musique napolitaine, les tambours africains,
le rythme ha�tien, la m�lodie cubaine, les refrains satiriques des Cr�oles, les
spirituals et les blues am�ricains, le ragtime et la
musique populaire du jour. Toutes ces musiques se m�lent et forment le riche gumbo[2]
musical de La Nouvelle-Orl�ans, pour reprendre l�expression employ�e par Alan
Lomax[3].
Les musiciens se r�partissent principalement entre les fanfares, appel�es brass
bands, qui rythment la vie louisianaise et les orchestres de danse.
Dans les brass bands, le r�le de la basse est tenu
par des basses � vent (tuba, sousaphone), car il doit �tre assur� par un
instrument que l�on peut porter en marchant. Mais les contrebasses � cordes
sont pr�sentes d�s les d�buts du jazz dans les orchestres de danse, dont le
r�pertoire est constitu� de ragtimes, valses, fox trots, quadrilles, cakewalks,
etc... Nous n�avons que tr�s peu de traces sonores de cette pr�sence. De plus,
dans les rares t�moignages que nous poss�dons, la contrebasse est le plus
souvent inaudible. N�anmoins, la pr�sence de la contrebasse � la fin du XIXe
si�cle demeure indubitable gr�ce aux nombreuses photos et aux instruments qu�il
nous reste. (cf. illustrations 1 et 2)
Le rythme de base ex�cut� par le joueur de grosse caisse de New
Orleans dans les brass bands constitue un balancement sur huit
temps.
En relation avec ce rythme de base, la basse effectue �galement
un balancement fond� sur l��nonc� des fondamentales (et parfois de la quinte)
en blanches. On retrouve �galement ce proc�d� dans la main gauche des pianistes
de ragtime, et plus tard chez les pianistes de stride[4].
La main gauche alterne les basses sur les 1er et 3�me
temps, et des accords sur les 2�me et 4�me temps.
L��nonc� des notes jou�es sur les 1er et 3�me temps (souvent
les fondamentales) est similaire � la partie de basse effectu�e dans les brass
bands � pour entendre le rythme effectu� par la grosse caisse et la partie
de basse dans un brass band, �couter Bourbon Street
Parade[5](cd1,
plage 1); pour comparer la basse
effectu�e dans les brass bands et la basse jou�e par un pianiste de stride,
�couter James P. Johnson dans If Dreams Come True[6]
(cd1, plage 2).
Depuis son �closion, le style New Orleans n�a jamais cess�
d��voluer. En addition aux brass bands, des formations fixes de New
Orleans se sont cr��es. Ces derni�res comptent souvent une contrebasse �
cordes. Le langage utilis� par la contrebasse est quasi identique � celui
formul� par le tuba. Cependant, une distinction est identifiable : les
tubistes (de l��poque) utilisent le plus souvent des blanches, alors que les
contrebassistes jouent plus fr�quemment en noires, en r�p�tant deux fois la
note qu�ils auraient jou�e en blanche. Cette m�thode est amplement exploit�e
par Pops Foster dans My
Home Is in a Southern Town[7](cd1,
plage 3). Au sein d�une formation de New Orleans, la contrebasse est
tr�s fr�quemment jou�e en slap[8].
Comme le plus souvent dans la musique occidentale, le r�le
de la basse dans le jazz est de soutenir rythmiquement et harmoniquement
l�ensemble de la formation. D�j� au sein des fanfares de La Nouvelle-Orl�ans,
les basses exposaient les fondamentales de chaque accord afin de donner un
rep�re harmonique au reste du brass band, en jouant en noires sur les
temps forts pour constituer cette fois une r�f�rence rythmique.
Leur constance dans cette t�che est d�une importance
primordiale pour le bon d�roulement de la fanfare. En outre, la facilit�
apparente de cette place n�est qu�illusoire. En effet, tous les musiciens
s�appuient sur la basse et la batterie, qui, � elles seules, doivent maintenir
un tempo constant. La basse est �galement tenue d��clairer la trame harmonique
du morceau, sur laquelle tous les musiciens se fondent. Jusqu�� la fin des
ann�es 1950, la section rythmique doit assurer la pulsation. Apr�s cette date,
cette d�marche n�est plus une obligation absolue. Elle s'�largit, mais ne
dispara�t pas pour autant. Certains musiciens sont encore attach�s � cette
id�e: parmi eux, le pianiste de jazz Lennie Tristano estime que tous les
musiciens font ce qu�ils
veulentsauf le contrebassiste et le
batteur charg�s, eux, de jouer le tempo d�une fa�on imperturbable. Sa
conception montre � quel point les musiciens se r�f�rent � ce que font le
bassiste et le batteur pour jouer et confirme l�importance qu�on leur attribue
� l�int�rieur d�une formation. En effet, si le batteur transgresse la seule et
unique r�gle � laquelle il est soumis (jouer le tempo avec la plus grande
r�gularit� possible), il est consid�r� comme un musicien faible.
Cent ans apr�s la naissance du jazz, le contrebassisteam�ricain Cecil MacBee d�crit ce qu�est, selon lui,
le r�le du bassiste :
� Il est important que le musicien comprenne que son
r�le musical est d�assurer, � la fois,une expression claire de la pulsation, de l�harmonie et du rythme. Il
est le battement du c�ur�ce que je veux dire, c�est que tout le monde
l��coute�tous consid�rent sa pulsation, son son comme r�f�rence. La trajectoire
harmonique et rythmico-harmonique que le bassiste emprunte sert de guide pour
toutes les improvisations qui ont lieu � cet instant l�. �[9]Avec le temps, le jeu et le r�le des
bassistes vont consid�rablement �voluer : la mani�re d��noncer la ligne de
basse se complexifie ; l�importance de la basse varie en fonction des
diff�rentes formations qui se cr�ent ; enfin, � son r�le fondamental,
s�ajoutent dans certaines musiques des fonctions plus proches de celle des
instruments solistes. Pourtant, comme le rappelle Cecil Mc Bee, le r�le initial
et fondamental de la basse consistant en un soutien harmonico-rythmique, reste
pr�sent tout au long de l��volution du jazz. Le jeune contrebassiste R�mi
Vignolo, nous confiait : � ce que la contrebasse fait de mieux: c�est
accompagner. C�est inh�rent� ses
caract�ristiques physiques !�[10]1.2. Contrebasse et tuba : � qui revient
l�h�g�monie ?D�s la fin du XIXe si�cle, les
contrebasses sont pr�sentes dans les orchestres (la photo de l�orchestre de
Buddy Bolden prise en 1895 le prouve). Une �tude faite par l�historien Philippe
Baudoin � partir de sa collection de photos, d�montre que, avant 1917, la quasi-totalit� des
orchestres comprennent une contrebasse
dans leur formation. Cette affirmation exclut bien �videmment les brass
bands, qui sont int�gralement constitu�s d�instruments � vents et de
percussions, pour faciliter le d�placement des musiciens � travers la ville. La
basse y est repr�sent�e par le sousaphone et occasionnellement par le tuba.Les premiers orchestres de danse apparaissent
quasiment en m�me temps que les fanfares. Ce sont d�ailleurs probablement les
m�mes musiciens qui jouent dans les fanfares � travers la ville pendant la
journ�e et qui se retrouvent le soir dans les cabarets pour jouer sous forme
d�orchestre cette fois-ci.Dans les orchestres,
les musiciens sont fixes. Cette stabilit� explique la pr�sence de la
contrebasse dans ces orchestres. Cette derni�re n�aurait �videmment jamais pu
incorporer une formation mobile telle que le brass band, � cause de la
grande difficult� � d�placer un tel instrument. Exceptionnellement les
contrebasses participent aux sorties effectu�es dans la rue par les musiciens.
Le documentaire sur La Nouvelle-Orl�ans � Jazz N.O. �[11] t�moigne de la pr�sence occasionnelle de
contrebasses dans la rue : on y voit deux orchestres qui se d�placent sur
des chars et qui � s�affrontent musicalement �.
Alors que tuba et contrebasse sont pr�sents dans le pr�-jazz[12],
c�est le tuba qui semble triompher sur la contrebasse dans les premiers enregistrements
car les techniques ne permettent pas une bonne restitution de la contrebasse. Cette
supr�matie se v�rifie en ce qui concerne les enregistrements (la pr�sence d�un
tubiste dans les enregistrements est nettement plus fr�quente que celle d�un
contrebassiste), mais est moins �vidente lors des repr�sentations. En effet, les
nombreuses photos des orchestres de l��poque t�moignent de la pr�sence d�un
contrebassiste dans la quasi-totalit� des orchestres. Malgr� sa pr��minence
apparente, le tuba pr�sente des inconv�nients, parmi lesquels figure la
lourdeur de son jeu, lorsque ce dernier doit jouer fort des notes piqu�es. �
l�inverse, la contrebasse marque le tempo de fa�on l�g�re et dynamique.
� ce propos, Gunther Schuller expose dans le premier tome de
son Histoire du Jazz[13]
une r�flexion bas�e sur l�id�e suivante : la contrebasse jou�e en pizzicato
est l�instrument qui swingue le mieux dans le registre grave. Il explique ce
postulat en observant les caract�ristiques physiques de l�instrument. Celles-ci
sont � la base d�un sch�ma acoustique � attaque et d�clin � propre �
la contrebasse jou�e en pizzicato qui, selon sa th�orie de Schuller � est
l�essence m�me du swing �.
Une note jou�e en pizzicato ne peut �tre maintenue au
m�me degr� d�intensit� qu�au moment de l�attaque, son volume sonore est vou� �
un d�clin plus ou moins rapide. Pourtant, pour satisfaire une des conditions
relatives au phras� jazz et swing � qui consiste, selon Gunther Schuller, �
maintenir les sons dans leur pl�nitude maximale ou tout au moins � en donner
l�impression � le contrebassiste doit cr�er l�illusion qu�il continue de tenir
la note. Contrairement aux instruments � vent ou � la contrebasse jou�e �
l�archet, la courbe normale du d�clin graduel d�une note jou�e en pizzicato
aide le contrebassiste dans sa d�marche, car le niveau sonore d�cro�t
naturellement jusqu�� atteindre le silence, il ne meurt pas brusquement. L�auditeur
a la sensation que les sons, notamment les sons longs, se prolongent dans ce
qui n�est en fait que du silence[14].
Ainsi la contrebasse remplit les conditions, verticale et horizontale, qui
sont, d�apr�s la vision de Gunther Schuller, indispensables au swing[15];
verticale en ce qui concerne l�impact pr�cis du son, et horizontale quant �
l�encha�nement des notes et au mouvement de propulsion ainsi cr��. Schuller
ajoute : � le tuba ne peut pas vraiment swinguer autant que la
contrebasse. Il peut tout au plus, entre les mains d�un instrumentiste hors
pair, donner l�illusion du jeu en pizzicato. Mais nous n�obtenons alors
qu�une illusion de ce qui est d�j� une illusion. � N�anmoins, les tubistes
de cette trempe sont rares au d�but du jazz bien que Bass Edwards, Walter Page
et John Kirby r�ussissent presque � obtenir cette qualit� vivante du rythme
propre au pizzicato.
Le premier enregistrement de Louis Armstrong dans lequel on
entend une contrebasse en pizzicato est Mahogany Hall Stomp[16](cd1,
plage 4). Il s�en d�gage une sensation de swing beaucoup plus forte que
sur les enregistrements pr�c�dents, tous effectu�s sans basse ou avec un tuba.
Il en est de m�me dans Black
Bottom Stomp[17](cd1, plage 5), enregistr� par Jelly Roll Morton en 1926. La contrebasse de
John Lindsay est pour l�auditeur une v�ritable r�v�lation. Le son ample, bien
centr� et le beat[18]
plein de ressort et de swing de Lindsay s�unissent � merveille avec le banjo de
Johnny St Cyr. Cette section rythmique assure une sous-structure rythmique au swing
l�ger et subtil qui contraste fortement avec les sections rythmiques
ant�rieures et leurs lignes au tuba souvent pesantes et ampoul�es.
Leprincipal handicap du
tuba est li� � sa nature d�instrument � vent. Il oblige le tubiste � respirer
r�guli�rement et, de ce fait, l�emp�che de jouer des lignes de basse
ininterrompues. La supr�matie de la basse � cordes a sans doute aussi des
raisons ethnologiques.Elle est bien
plus proche, par sa conception et par son utilisation, des instruments du
continent noir que le tuba. Il semble que l�Africain pr�f�re frapper et pincer
plut�t que souffler[19].
L�addition de ces raisons contribue � l�adoption de la contrebasse dans la
plupart des orchestres swing.
Bien que la contrebasse soit fr�quemment utilis�e pendant
les vingt premi�res ann�es du XXe si�cle, il n�en existe, semble-t-il,
aucune trace sonore. Les premiers t�moignages sonores qui concernent la
contrebasse ne sont pas du tout repr�sentatifs de la fr�quence d�utilisation de
cet instrument � la m�me �poque. Cette incoh�rence trouve son origine dans les
nombreuses limites qu�imposent les premiers enregistrements.
1.3. Les premiers
enregistrements et leurs contraintes
C�est � New York, le 26f�vrier1917, que l�Original Dixieland Jazz Band,
compos� uniquement d�artistes blancs de La Nouvelle-Orl�ans, r�alise le premier
enregistrement de jazz. Les capacit�s techniques d�enregistrement de l��poque
sont insuffisantes et imposent � la fois des contraintes temporelles (dur�e
d�enregistrement limit�e), des restrictions concernant certains instruments (intensit�
trop importante, fr�quences extr�mes, etc.�) en exigeant une haute qualit�
musicale d�s la premi�re prise.
Bien que le premier enregistrement de jazz (cit� ci-dessus)
ne comporte pas de contrebasse, celle-ci est, par la suite, rapidement touch�e
par certaines de ces limites techniques. En effet, � cause du risque de
saturation, il est tr�s difficile, voire impossible, d�enregistrer des
instruments dont le volume sonore est trop important (la caisse claire, grosse
caisse), et ceux dont la tessiture est trop grave (la contrebasse � cordes, la
grosse caisse).
Pour att�nuer les diff�rences d�intensit� entre les
instruments, chaque musicien occupe une place particuli�re dans le
studio : les solistes sont pr�s du cornet acoustique[20],
les autres en retrait. Le batteur est install� le plus loin possible de
l�appareil enregistreur.
Au cours de l�enregistrement effectu� les 5 et 6 avril 1923
avec le Creole Jazz Band de King Oliver, Baby Dodds n�a le droit
de se servir que de la cymbale, du woodblock[21],
et, tr�s occasionnellement, de la caisse claire � sans timbre � ou encore du tom,
comme dans Mandy Lee Blues[22].
Pour ces raisons, les enregistrements de cette p�riode ne sont pas
repr�sentatifs du jeu des batteurs pendant les concerts. Effectivement,
� en direct �, ils disposaient de tous les �l�ments de leur batterie
et pouvaient donner toute leur mesure. Mais aujourd�hui, seules des
photographies jaunies nous laissent le souvenir du batteur entour� de
l�ensemble de son mat�riel, riche en woodblock, toms, cymbales, etc.�
Quant au contrebassiste Bill Johnson, on lui a tout
simplementdemand� de ne pas jouer[23].
On sait que les preneurs de son des ann�es 1920 pr�f�rent les basses � vent
(tuba ou saxophone basse). De ce fait, on entend sur les disques de cette
�poque une majorit� de basses � vent. Pourtant, lors des repr�sentations, les
contrebasses sont autant utilis�es que les basses � vent jusque dans les ann�es
1930.
Ces mesures sont impos�es par la technique d�enregistrement,
alors enti�rement � acoustique �. La g�n�ralisation de
l�enregistrement �lectrique, en 1925-1926, permet une restitution meilleure des
timbres et de la dynamique de l�orchestre. La batterie va enfin pouvoir �tre
enregistr�e dans des conditions acceptables. On commence � entendre clairement
la grosse caisse. Avec l�enregistrement �lectrique, on red�couvre les
contrebasses jou�es � l�archet ou slapp�es de Wellman Braud et Pops
Foster, jusqu�alors remplac�es par les basses � vent.
Le leader m�galomane Jelly Roll Morton clamait � qui voulait
bien l�entendre : � j�ai invent� le jazz �[24]
et affirmait par la m�me occasion � j�ai fait enregistrer le premier, un washboard[25] ;
�galement la contrebasse � cordes et la batterie � r�put�e impossible �
enregistrer.�[26]
� notre connaissance, les premiers enregistrements de jazz dans lequel on
entend une contrebasse sont Ory�s Creole
Trombone[27](cd1, plage 6) et Society
Blues(cd1, plage 7), enregistr�s par l�orchestre de Kid Ory en juillet
1922, avec Ed Garland � la basse. Tout au long des ann�es 1920, les traces
sonores permettant d�entendre une contrebasse sont rares. Parmi celles-ci, on
peut citer celle du contrebassiste Simon Marrero dans Black Rag[28](cd1,
plage 8), enregistr� par l�Original Tuxedo Jazz Orchestra de Papa
Celestin le 23 janvier 1925 ; ou encore l�enregistrement de Milenberg
Joys par l�orchestre de Ted Lewis avec Harry Barth � la contrebasse. Il ne semble
pas que Jelly Roll Morton ait enregistr� avec une contrebasse avant 1926 (avec
les Red HotPeppers). Il n�est donc probablement pas le premier �
enregistrer avec une contrebasse. Mais il a raison d�affirmer qu�elle est
� r�put�e impossible � enregistrer �. Duke Ellington tient un
r�le essentiel dans la diffusion de la contrebasse. En effet, ses
enregistrements du milieu des ann�es 1920 exposent la contrebasse de fa�on plus
pro�minente qu�aucun autre orchestre de l��poque. Il veille lui-m�me � la
qualit� de la balance et obtient une qualit� exceptionnelle d�enregistrement de
la contrebasse, comme l�exprime ce commentaire de Dan Morgenstern : � O�
pouvons-nous entendre ailleurs une contrebasse � cordes occuper une telle place
de premier planau sein du spectre sonore !...�[29]
Au moment o� la contrebasse commence � s�imposer dans la
repr�sentation publique, on lui pr�f�re encore les basses � vent pendant les
enregistrements. Mais l��volution des divers proc�d�s phonographiques qui ont
coexist� ou se sont succ�d�s, a jou� un r�le important dans l�affirmation de la
contrebasse et a permis aux musiciens d�en tirer profit � chaque fois qu�ils le
d�siraient, en concert ou lors d�enregistrements.1.4. Pops Foster et
Wellman Braud
Les deux contrebassistes qui illustrent le mieux le jazz
classique sont incontestablement Pops Foster et Wellman Braud. Ils utilisent
avec abondance le slap, qui leur a �t� inspir� par leur a�n� le
contrebassiste Bill Johnson, et ex�cutent les lignes de basse avec une force
peu commune. C�est l�occasion de pr�ciser que la paternit� du jeu en pizzicato,
traditionnellement attribu�e � Bill Johnson,peut �tre remise en cause par le t�moignage du contrebassiste
n�o-orl�anais Eddie Dawson (1884-1972) qui affirme poss�der
l�ant�riorit� : � Je suis celui qui a commenc� � jouer de la
contrebasse avec les doigts. Quand George Foster a commenc� � se jouer, je lui
ai montr� comment jouer avec ses doigts. Il jouait la plupart du temps avec
l�archet. C��tait autour de 1910. La majorit� des bassistes jouait � l�archet,
mais j�ai commenc� � jouer en pizzicato avec un doigt et ensuite George
Foster l�a �galement fait. �[30]
Cette particularit� semble en tout cas avoir pris naissance � La
Nouvelle-Orl�ans, si l�on en cro�t les dires de Sid LeProtti :
� L�orchestre
de Bill Johnson �tait venu jouer [ �] C��tait le premier orchestre de La
Nouvelle-Orl�ans que j�avais jamais entendu. [�] [Bill Johnson] jouait de la
contrebasse aux doigts avec un gant, et nous, qui �tions de l�Ouest, �tions
surpris de voir quelqu�un jouer en pizzicato. Nous savions que dans les
orchestres symphoniques, ils jouaient d�j� comme cela [ �] Mais de le voir
dans un orchestre de jazz, c��tait quelque chose. �
Pops Foster (1892-1968) est parfois consid�r� comme le p�re
de la contrebasse dans le jazz. N� en 1892 � La Nouvelle-Orl�ans, il contribue
largement � la domination de la contrebasse sur le tuba. Il est initialement
requis pour jouer les deux. � cette �poque, la contrebasse n'est pas consid�r�e
comme assez puissante pour soutenir un grand groupe de musiciens, mais l'excellent
sens du rythme et les lignes de basse puissantes et passionn�es de Foster lui
permettent rapidement de placer la contrebasse comme instrument privil�gi� dans
la rythmique de jazz. Sa solidit� rythmique lui permettait m�me de mener un
groupe de cuivres bien avant que l�amplification n�apparaisse (�couter High Society[31]:
cd1, plage 9). Il joue avec la plupart des musiciens de La Nouvelle-Orl�ans :
Kid Ory, Papa Celestin, King Oliver, Fate Marable. Il appara�t �galement au
c�t� de Luis Russell � partir de 1929. Cet orchestre, qui accompagne Louis
Armstrong de 1935 � 1940, contribue largement � la renomm�e de Pops Foster.
Comme la majorit� des bassistes de jazz traditionnel, Pops
Foster a fr�quemment recours � la technique du slap. On l�entend tr�s
nettement tirer profit de l�aspect percussif de cette pratique dans le
quartette de Don Ewell, plus pr�cis�ment dans Wolverine Blues[32](cd1,
plage 10). Son jeu alterne entre un balancement en blanches qui met en jeu les
notes principales de l�accord, et l��nonc� de chaque temps en utilisant la
technique cit�e plus haut, qui consiste � r�p�ter les notes jou�es initialement
en blanches afin de marquer tous les temps. Dans Wolverine Blues, Pops
Foster illustre parfaitement cette notion. On l�entend occasionnellement jouer
des walking basses, tel que dans Copenhagen[33](cd1,
plage 11). Lorsqu�il utilise l�archet, c�est souvent en son fil� en jouant des
blanches (ou des rondes) avec un accent sur les 1er et 3�me
temps. C�est la mani�re la plus fr�quente utilis�e par les contrebassistes de La
Nouvelle-Orl�ans comme on peut l�entendre dans Blue Horizon[34](cd1,
plage 12).
Wellman Braud (1891-1966) na�t lui aussi en Louisiane. Contrairement
� Foster, il utilise exclusivement la contrebasse, sans jamais, � ma
connaissance, employer de basses � vent. Il commence par jouer dans les cabarets
de La Nouvelle-Orl�ans, et monte � Chicago en 1917 � la fermeture du quartier
r�serv� de Storyville. Il est le bassiste du grand orchestre de Duke Ellington
de 1927 � 1935. Par la suite, il renoue avec ses origines en se produisant au
sein de formations n�o-orl�anaises comme celle de Sidney Bechet, Jelly Roll
Morton ou Kid Ory.
Il fonde son jeu sur
le balancement typique de La Nouvelle-Orl�ans en �non�ant principalement la
fondamentale et la quinte de chaque accord (�couter Maryland, My
Maryland[35]:
cd1, plage 13). On l�entend �galement compl�ter cette base en r�p�tant ces
m�mes notes pour jouer sur tous les temps. Les lignes de basse qu�il choisit
sur Hot Feet[36](cd1,
plage 14) en sont un exemple probant. Quelques bribes de walking bass
apparaissent de temps en temps, ainsi que des morceaux enti�rement jou�s en walking,
dans lesquels l�harmonie utilis�e reste tr�s clairement �nonc�e et principalement
fond�e sur l�arp�ge des accords (la fondamentale est souvent expos�e sur le
premier temps de la mesure). Comme en t�moigne l�enregistrement de Washington Wobble[37](cd1,
plage 15) avec l�orchestre de Duke Ellington, Wellman Braud cr�e des lignes de walking
bass d�s 1927. Bien que la d�couverte de la walking bass soit
souvent attribu�e � Walter Page, les dates montrent clairement que
l�ant�riorit� ne lui revient pas. On entend d�ailleurs d�j� des fragments de walking
dans le jeu de John Lindsay d�s 1926 dans Black Bottom Stomp[38]
avec l�orchestre de Jelly Roll Morton. Mais les morceaux dans lesquels Wellman
Braud emploie la walking bass restent minoritaires. On l�entend d�j�,
m�me si cela reste assez rare, dans des parties en solo, telles que dans Make Me a Pallet on
The Floor[39](cd1, plage 16)(cf. relev�). Il utilise sporadiquement
l�archet et avec la particularit� suivante : sa technique d�archet lui
procure une sonorit� proche de celle des basses � vent. (�couter Mississipi Moan[40]:
cd1, plage 17.)
Ed Garland, Alcide � Slow Drag � Pavageau, Sidney
Brown, Steve Brown et Bill Marrerro sont �galement des contrebassistes de
talent qui ont compt� parmi les meilleurs musiciens du d�but du XXe
si�cle.
Chapitre
2 : L��largissement : les transformations provoqu�es par le contact
avec la batterie
2.1. La naissance du cha-ba-da
En 1917, � la demande du haut commandement de la marine, le
quartier de Storyville qui cantonnait la prostitution de La Nouvelle-Orl�ans,
est d�finitivement ferm�. La grande quantit� de musiciens qui y travaillait quitte
la ville en direction de Chicago et New York. Des orchestres vou�s � faire
danser les gens se mettent en place. Les batteurs de ces orchestres abandonnent
le balancement de parade employ� dans la musique de La Nouvelle-Orl�ans et
marquent tous les temps de fa�on �gale pour inciter davantage � la danse.Un autre changement
consid�rable survient dans le jeu des batteurs : le cha-ba-da[41].Jusqu�alors, le batteur jouait surtout avec les
deux mains sur la caisse claire. Petit � petit, la main droite se d�place vers
la cymbale et appara�t ainsi lecha-ba-da. C�est le batteur Baby Dodds qui sera
l�un des premiers � �tre enregistr� jouant le tempo � 4/4 de cette fa�on,
c�est-�-dire en jouant le cha-ba-da sur
la cymbale. A ce sujet, Georges Paczynski raconte :
� Baby [�] aura une extraordinaire intuition en
exp�rimentant un rythme qui deviendra le fondement de la batterie moderne. [�]
Il ex�cute ce rythme sur son washboard mais aussi clairement sur la
cymbale, au sein d�un trio avec Jelly Roll Morton au piano et Johnny Dodds� la clarinette, [�] avec bien des variantes,
et tout en frappant la grosse caisse sur les temps forts. Au lieu de jouer des
figures des deux mains sur la caisse claire ou le woodblock, le batteur
les r�alise sur la cymbale, mais d�une seule main � l�autre main �touffant la
cymbale selon la n�cessit�. Privil�giant le balancement, c�est-�-dire le swing,
Baby a cherch� une figure reproduisant le mieux une sensation qui a�rait
consid�rablement la musique. Il a trouv� ce qu�on appellera plus tard le cha-ba-da.
George Wettling confirme : "Pour autant que je me souvienne,
Baby fut le premier batteur que j�ai jamais entendu jouer le beat de base sur
la cymbale, celui que nous employons tous aujourd�hui sur notre cymbale ride." �[42]
Cependant, Baby Doods n�a jamais utilis� de charleston[43].
De ce fait, m�me s�il pratiquait la formule rythmique associ�e au cha-ba-da
(noire, deux croches, noire), il n�a jamais jou� le cha-ba-da tel qu�on
le conna�t aujourd�hui, c�est-�-dire le sh�ma � noire, deux croches,
noire � sur la cymbale ride soulign� de la charleston
marquant les 2�me et 4�me temps (cf. Sch�ma
musical ci-dessous).
On s�aper�oit que le cha-ba-da
survient sous une forme inachev�e tr�s t�t dans l�histoire du jazz.
Effectivement, on note l�existence d�s 1904, d�un cha-ba-da binaire ex�cut� sur un woodblock par James Lent[44].
Par la suite, on observe graduellement l�utilisation de cha-ba-da binaire en 1906 par le batteur de l�orchestre d�Arthur
Pryor et par Charlie Johnson le 3 f�vrier 1916 dans Down
Home Rag[45](cd1,
plage 19) au sein du Versatile Four. Puis, Baby Dodds l�ex�cute de
fa�on ternaire sur son washboard,
mais aussi sur la cymbale. Les premiers enregistrements sur lesquels on entend
le cha-ba-da interpr�t� de fa�on
ternaire sur la cymbale datent de 1927. Mais il est fort possible qu�il ait �t�
ex�cut� avant cette date lors de concerts.
En plus d�avoir finalis� la forme de cette formule
rythmique, on s�aper�oit que Baby Dodds a pouss� tr�s loin ses recherches sur
la cymbale. Non seulement, il joue le cha-ba-da,
mais il le brise, cherchant continuellement � coller � la m�lodie qu�il
accompagne.
Ces initiatives sont tr�s surprenantes sachant que les
premi�res variations enregistr�es sur la cymbale ride ne sont g�n�ralement attribu�es qu�aux batteurs des ann�es
1950, en particulier � Tiny Kahn, le batteur de Stan Getz !
Plus tard, Walter Johnson a l�id�e de jouer le cha-ba-da � d�j� jou� sur le woodblock, le washboard et la cymbale � sur une partie nouvelle de la batterie
que Baby Dodds n�a pas voulu employer : la charleston. C�est g�n�ralement sur cette partie de la batterie que
sera jou� le cha-ba-da par les
batteurs jusqu�� la fin des ann�es 1930, bien qu�il soit d�j� jou� sur la
cymbale ride par quelques batteurs
pendant ces m�mes ann�es 1930.
Gr�ce � Baby Dodds (et � Zutty Singleton), le
batteur-tambour passe ainsi du tempo de marche de d�fil� jou� � deux mains sur
la caisse claire au cha-ba-da jou�
d�une seule main � la cymbale. Avec le d�placement de la main droite vers la
cymbale ride, donc sur du m�tal, le
son g�n�ral de la batterie est diff�rent et celui de l�orchestre se transforme
radicalement. Le big band s�all�ge, les sonorit�s s�affinent. Le
principe m�me de la section rythmique de jazz est �tabli. Un nouveau
son est n� et engendre un espace sonore inconnu jusqu�alors, qui va
consid�rablement a�rer la musique.
L��volution de l�utilisation de la grosse caisse rend compte
de l�all�gement recherch� par les batteurs. On verra plus tard que cet
all�gement est en rapport direct avec la pr�sence des contrebassistes.
Commen�ons par rappeler la fa�on dont le traitement de la grosse caisse s�est
transform�.
Dans le style Nouvelle-Orl�ans, le percussionniste fonde son
jeu de grosse caisse sur le rythme caract�ristique de la musique de La
Nouvelle-Orl�ans, cit� pr�c�demment.En
1917, Storyville, quartier de La Nouvelle-Orl�ans dans lequel travaille la
majorit� des musiciens,ferme. Cet �v�nement
provoque l�exode d�un grand nombre de musiciens vers New York et Chicago. Les
batteurs de ces grandes villes commencent � jouer tous les temps sur la grosse
caisse. D�une musique qui rythme la vie, le jazz devient une musique de danse
et la grosse caisse jou�e sur tous les temps permet aux danseurs de mieux
sentir la pulsation. Dans cette musique, appel�e aussi swing, tous les temps
sont �gaux. Au cours des ann�es 1930-40, des batteurs comme Sidney Catlett ou
Kenny Clarke continuent � jouer la grosse caisse sur tous les temps, mais dans
une nuance beaucoup plus piano. Ils ajoutent �galement des accents qui
accompagnent la m�lodie. Avec l�av�nement du be-bop[46],
dans les ann�es 1940, le jazz tend � �tre consid�r� comme une musique de
concert. L��galit� entre tous les temps dispara�t et laisse surgir des accents
sur le deuxi�me et le quatri�me temps. La grosse caisse est utilis�e � la fa�on
d�un tom[47]
suppl�mentaire. La pulsation marqu�e � la grosse caisse est abandonn�e pour ne
garder que les accentuations soulignant la m�lodie. Le c�ur de l�instrument qui
permet de conduire l�orchestre n�est plus la grosse caisse mais la cymbale ride.
C�est sur cette derni�re que les batteurs jouent le tempo en y ex�cutant le cha-ba-da.
Plus tard, Roy Haynes, Elvin Jones ou Tony Williams pousseront le traitement de
la grosse caisse vers une utilisation plus complexe.
La l�g�ret� recherch�e � la batterie dans les ann�es 1930
d�coule d�une volont� des batteurs de s�adapter au retour de la supr�matie de
la contrebasse dans les orchestres. En effet, le tuba est un instrument
puissant qui a la capacit� de ponctuer les temps, tout en ne se faisant
pas couvrir par les autres instruments et, ainsi, permet � tout
l�orchestre de garder la stabilit� du tempo. Mais la pr�sence de la contrebasse
dans les orchestres oblige le batteur � jouer plus l�g�rement et d�une fa�on
plus compl�mentaire. Kenny Clarke
t�moigne : � si la batterie avait continu� � jouer comme avant,
c�est-�-dire en imitant le tuba, les deux voix basse/batterie n�auraient pu se
m�ler, l��quilibre �tant mauvais � la base. �[48]
On comprend ais�ment que l�histoire de chaque instrument soit ainsi li�e au
d�veloppement des autres.
2.2. L�alter ego du cha-ba-da : la walking bass
Cette m�tamorphose du jeu des batteurs procure plus d�espace
pour les contrebassistes et est � l�origine de la walking bass[49].
En effet, la grosse caisse se fait plus rare, ce qui permet aux bassistes de
s�entendre davantage. Ainsi ces derniers commencent � jouer sur tous les temps,
les lignes de basses deviennent plus mobiles et c�est l�apparition de la walking bass, qui donne l�impression que
les harmonies sont promen�es sur une ligne m�lodique. La walking bass est une mani�re d�accompagner dont la repr�sentation
musicale type est de privil�gier les noires, quatre par mesure de quatre
temps, avec un mouvement m�lodique qui d�crit clairement la progression
harmonique. Les 2�me et 4�me temps doivent �tre accentu�s
par rapport aux 1er et 3�me temps. En outre, afin de
favoriser l�embellissement rythmique de ces noires, cette pulsation bas�e sur
des noires doit �tre modifi�e le moins possible.
Les contrebassistes des ann�es 1930 jouent cette ligne de
basse dite ambulante, mais ils leur arrivent de ne jouer que les temps forts (1er
et 3�me temps) afin d�obtenir un effet de d�contraction.
Le proc�d� de la walking
bass est li� � la technique du cha-ba-da.
De plus, la fusion de ces
deux m�thodes aboutit au mariage exceptionnel du son des cordes de la
contrebasse (plus particuli�rement les cordes m�talliques qui remplacent les
cordes en boyaux vers les ann�es 1930) et de celui de la cymbale ride. La complicit� de cette derni�re
avec les cordes de la contrebasse sera plus tard, l�un des acquis essentiels de
la batterie be-bop.
La walking bass appara�t assez t�t dans les lignes de
basse. On en entend des fragments dans le Black Bottom Stomp
de Jelly Roll Morton en 1926, avec John Lindsay � la contrebasse. Le vieux
Wellman Braud chez Duke Ellington utilise lui aussi la walking bass, le
plus souvent altern�e avec un accompagnement en blanches (cf. Washington Wobble
en 1927, ou Bandanna
Babies[50](cd1, plage 20) et I
Must Have that Man[51](cd1,
plage 21) en 1928). Plus tard, Walter Page (1900-1957) chez Count Basie et John
Kirby (1908-1952) chez Flechter Henderson utilisent le walking de fa�on
plus fr�quente. Les walking basses de Walter Page poss�dent les
particularit�s suivantes : l�ambitus de ses walking est �largi par
ses fr�quentes explorations de l�aigu, qui s�accompagnent de variations du
volume sonore selon le sch�ma ci-dessous.
Il est aussi un des rares contrebassistes de son �poque � accentuer
fortement les 2�me et 4�me temps. Ce proc�d� ex�cut�
pendant quelques mesures cr�e une tension qui se termine lorsque Walter Page
reprend une accentuation sur tous les temps. Mis � part sa collaboration dans
l�orchestre de Flechter Henderson, John Kirby s�affirme � l�int�rieur de son
propre sextette, qu�il cr�e en 1937. Le nombre r�duit de musiciens assigne �
cette formation une musique a�r�e, dans laquelle John Kirby brille
particuli�rement. Sa pulsation puissante et pr�cise s�associe � merveille avec
son jeu l�ger et raffin�, en parfaite ad�quation avec l��l�gance absolue des
arrangements. Ses walking ne sont pas tr�s d�monstratives, mais elles
sont ex�cut�es admirablement et satisfont, selon nous, pleinement les besoins
de la formation. Cette p�riode d�int�gration de la walkingbass accueille
aussi le contrebassiste Milt Hinton (1910-2000), dont la principale singularit�
est sa capacit� d�adaptation � toute sorte de jazz, et ainsi la diversit� de
ses exp�riences musicales. En effet, il joue avec Zutty Singleton et Fate
Marable d�s 1932, passe chez Count Basie, joue chez Cab Calloway de 1936 �
1951, participe � une tourn�e avec Armstrong en 1953 et 1954, et enregistre
avec un nombre incroyable de musiciens. Son empreinte dans l�histoire du jazz
est rendue in�galable par l��tendue de sa pr�sence sc�nique dans l�histoire du
jazz. En effet, hormis les musiciens cit�s ci-dessus, son carnet de route
comprend des collaborations avec Charlie Christian, Cozy Cole, Freddie Keppard,
Dizzy Gillespie, Billie Holiday, Benny Goodman, Ben Webster, George Russell,
Red Norvo, Clark Terry, Lionel Hampton, Brandford Marsalis, etc. Au sein de ces
diverses formations, il est g�n�ralement appr�ci� pour sa s�ret� harmonique, la
rondeur de sa sonorit�, son swing constant et sa pr�sence sc�nique. Il est
aussi ma�tre dans l�art du slap, qu�il utilise � la fois comme un
contrebassiste de New Orleans et comme un bassiste �lectrique : en
effet, sur Bill Bailey[52],
on l�entend tirer les cordes (� la mani�re d�un Pops Foster) et taper sur
celles-ci (comme le ferait un Jaco Pastorius ou n�importe quel bassiste
�lectrique de funk). De nombreux autres contrebassistes seraient � citer si
l�on devait fournir une �num�ration compl�te des bassistes qui ont marqu� cette
p�riode du jazz, tels que Billy Taylor (1906-1986), Moses Allen (1907-1983), Al
Morgan (1908-1974), etc. Avec l�arriv�e de la walking bass, la contrebasse abandonne son r�le percussif. La
technique du slap se rar�fie au
profit du pizzicato, appel� aussi plucking. On retrouvera la technique du slap chez les contrebassistes de free-jazz qui l'utilisent pour augmenter
la sonorit� et l�intensit�, et chez les bassistes �lectriques (Marcus Miller,
par exemple) en admettant que l�utilisation soit un peu diff�rente.
2.3. Influences
r�ciproques basse / batterie
Les batteurs s�adaptent � ce qui les entoure, mais on
remarque qu�ils pr�tent �norm�ment d�attention au jeu des contrebassistes.
Parmi les nombreux exemples qui permettent de le confirmer, on peut citer les
modifications effectu�es lors d�un concert par le batteur Ray Bauduc, pour
mieux s�adapter au jeu du contrebassiste Bob Haggart. En effet, sur la vid�o du
concert[53],
on s�aper�oit que le timbre de la caisse claire est enlev�, ceci afin de bien
r�pondre � la contrebasse par un son grave, mais aussi pour ne pas laisser
vibrer la caisse quand l�instrument � cordes r�sonne.
Le t�moignage de Kenny Clarke montre qu�il cherche �
modifier son jeu afin d�am�liorer le son d�ensemble de l�orchestre, et
particuli�rement la coh�rence de la rythmique :
� Vers
1940, le jeu de la batterie �tait en g�n�ral trop lourd pour coller
syst�matiquement avec la basse et le piano et cr�er r�ellement une section
rythmique coh�rente. Les batteurs avaient l�habitude de taper comme des sourds
et je crois avoir �t� l�un des premiers � sentir la n�cessit� de rendre ce jeu
plus l�ger pour pouvoir l�incorporer plus ais�ment dans la rythmique. � Et
il explique : � J�imagine que cette fa�on de jouer tr�s fort est
venue de l�usage du tuba dans les premiers orchestres de jazz. �[54]
En effet, comme nous l�avons expliqu� pr�c�demment,
l�arriv�e de la contrebasse dans les orchestres a compl�tement boulevers� le
son de la rythmique (et donc de l�orchestre). Entre autres, elle a contribu� �
de grands changements dans le jeu des batteurs.
� L�influence des contrebassistes sur le jeu des
batteurs est encore plus flagrante � travers un second t�moignage de Kenny
Clarke. Il y explique que ceux qui lui ont permis d�am�liorer son style
n��taient pas des batteurs, mais deux contrebassistes : son fr�re, Franck
Clarke, et Jimmy Blanton. � Mon fr�re, le bassiste, avait achet� un disque
de Jimmy Blanton en solo. En l��coutant, nous e�mes la r�v�lation qu�il fallait
changer quelque chose au jeu de batterie pour pouvoir accompagner cette
nouvelle fa�on de jouer � la contrebasse.
Mon fr�re et moi pass�mes des heures � exp�rimenter cette nouvelle interp�n�tration
de la contrebasse et de la batterie et nous f�mes des choses qui nous parurent
tr�s int�ressantes � je crois que c�est � partir de l� que j�ai r�ellement
commenc� � chercher dans une direction toute nouvelle.[55] �
Kenny Clarke s�attira des reproches de la part des
contrebassistes dont il �tait le partenaire, car, tout en jouant le cha-ba-da sur la cymbale, il continuait
� marquer les quatre temps � la grosse caisse. � Quand j�entends cette
grosse caisse tout le temps � lui lan�a l�un d�eux � je ne peux me concentrer
sur mon solo.�[56]
Alors Kenny d�cida de marquer les quatre temps beaucoup plus discr�tement avec
son pied droit, tout en ajoutant de temps en temps des accents.
D�autres batteurs ont subiune
forte influence venant de contrebassistes. Par exemple, Jo Jones affirme que
� c�est� Walter Page [qu�il doit] toute sa
connaissance de la batterie ! �[57]
Le contraire est �galement vrai : un choix judicieux
dans sa fa�on de jouer va permettre au contrebassiste de mettre la batterie en
valeur. L�exemple suivant explicite cette affirmation :
� Dans Saratoga Shout, grav� le 24 janvier
1930 avec Luis Russell, le tandem Paul Barbarin � la batterie et Pops Foster �
la contrebasse � cordes est stup�fiant. On entend tr�s parfaitement la
contrebasse jouant le tempo d�une mani�re tr�s vari�e. Paul ex�cute des
roulements dans une forme devenue d�sormais tr�s classique (en blanches
commen�ant sur le deuxi�me et quatri�me temps). En revanche, le contrebassiste
joue � l�archet en accentuant le premier et le troisi�me temps. Il garde un son
fil� durant deux mesures, puis change de notes pour produire � nouveau un son
fil� pendant deux mesures. Il reste ainsi � l�archet pendant 22 mesures.
Ensuite, relan�ant la tension musicale, il joue cette fois en pizzicato. On s�aper�oit
d�s lors que, gr�ce au jeu tr�s pr�sent de la contrebasse, la batterie prend du
relief.�[58]
Pops Foster et Manzie Johnson utilisent le m�me proc�d� dansBlue Horizon
avec Sidney Bechet en 1944.
Une attention particuli�re est port�e par les batteurs sur
l�accord de la grosse caisse. Et cet accord, c�est fr�quemment par rapport au
contrebassiste qu�ils le d�finissent.
Lors d�une interview, Ed Shaughnessy raconte que Dave Tough
� utilisait une batte de grosse caisse en bois et affirmait qu�elle
n�interf�rait pas avec la contrebasse concernant la tonalit�.�[59]
Sam Woodyard, un des batteurs de Duke Ellington, reconna�t pour sa part qu�� il
obtenait une bonne sonorit� de son instrument et �vitait que la grosse caisse
ne couvre la contrebasse afin qu�on entend�t ce que jouait le bassiste. En
fait, vous sentiez davantage sa grosse caisse que vous ne l�entendiez. �[60]L�interf�rence entre la grosse caisse
et la contrebasse a souvent pos� des probl�mes aux batteurs et aux
contrebassistes. Ed Thigpen a une th�orie � ce sujet : � L�id�e est de
garder la grosse caisse � un volume inf�rieur � celui de la basse acoustique.
La basse acoustique porte la note harmonique ; the bass drum � c�est-�-dire la grosse caisse � porte l��nergie de
cette note, la pulsation, la terre. � Et il ajoute : � L�id�e
�tait de faire sentir la grosse caisse plut�t que de l�entendre. �[61]2.4. Complicit� et
importance du couple basse / batterie
Il se cr�e souvent de fortes complicit�s entre les
musiciens. Tous les couples d�instruments peuvent �tre repr�sent�s. Mais
l�association d�un batteur et d�un bassiste est assez particuli�re. Elle met en
jeu deux personnes qui sont en lien direct l�une avec l�autre de par leur
fonction. On dit souvent que le bassiste fait le lien entre le rythme du
batteur et la m�lodie du piano, car c�est un instrument � la fois rythmique et
m�lodique. Cette position incite fortement le bassiste et le batteur � bien se
conna�tre et � donner l�impression de n��tre qu�un. Certains couples
extraordinaires y sont parvenus.
C�est le cas du tandem Sidney Catlett / Oscar Pettiford. Le
contrebassiste Billy Taylor raconte que les deux musiciens travaillaient en
�troite collaboration et qu�� ils fonctionnaient comme un attelage �.
Il ajoute m�me : � Le pianiste pouvait se lever et aller se promener.
Je veux dire que le rythme �tait bien l�.�[62]
Lorsque les deux musiciens parviennent � cette r�union, il se cr�e une
stabilit� et surtout un groove que bien des rythmiques envient.
Parmi les couples basse / batterie qui ont marqu� le d�but
de l�histoire du jazz, on peut citer le tandem Paul Barbarin / Pops Foster chez
Luis Russell, et celui de Sonny Greer / Wellman Braud chez Duke Ellington. Ces
deux paires sont d�autant plus importantes qu�elles ont influenc� d�une fa�on
d�finitive la rythmique Jo Jones / Walter Page chez Basie, point de d�part de
la section rythmique moderne. Par la suite, Philly Joe Jones et Paul Chambers,
rassembl�s � malgr� eux � par la maison de disque Blue Note, forment
un des couples cultes de l�histoire de la rythmique de jazz, tout comme Ray
Brown et Ed Thigpen dans le trio d�Oscar
Peterson. Enfin, pour citer un exemple plus r�cent, l'association Ron Carter / Tony
Williams compte, selon nous, parmi les plus importantes du si�cle dernier, car
ils avaient la capacit�, entre autres, de jouer de fa�on totalement libre
rythmiquement tout en gardant le tempo initial constamment dans leur t�te, afin
de se retrouver ensemble quand ils le d�siraient.
L�entente entre le batteur et le bassiste est consid�r�e par
tous comme essentielle.
Le contrebassiste � Chubby� Jackson consid�re la
relation entre un batteur et un bassiste comme un heureux mariage. Il se
livre : � Nous nous asseyions ensemble dans le bus entre les gigs et parlions sans fin de
rythme. En ces temps-l�, il y avait une grande motivation entre le batteur et
le contrebassiste, et leur relation pouvait �tre consid�r�e comme un heureux
mariage.�[63]
D�apr�s la contrebassiste fran�aise H�l�ne Labarri�re, la
n�cessit� de cette complicit� � semble �vidente �. Elle explique ce
qui motive son avis : � Par le fait que le jazz soit une musique
bas�e sur le groove, sur le rythme, il existe une g�mellit� entre le bassiste
et le batteur. De ce fait, pour que �a fonctionne, il faut une certaine �coute
entre ces deux membres de la formation. � La connivence est si importante
qu�H�l�ne Labarri�re a � souvent l�impression de rentrer dans la
batterie �. Elle ajoute que l�association batteur / bassiste fonctionne,
selon elle, � comme un couple � : � on peut se trouver en
pr�sence d�un excellent bassiste et d�un excellent batteur qui, pourtant, font
une rythmique qui ne marche pas. �[64]
Un grand nombre de batteurs avouent
que la collaboration qu�ils peuvent avoir avec le contrebassiste tient une
place de premier ordre. L�opinion de Chico Hamilton va nettement dans ce
sens : � La chose la plus importante pour un batteur, c�est le
contrebassiste. Un contrebassiste qui comprend votre fa�on de jouer est
inestimable. �[65]
Nick Ceroli explique pourquoi le
contrebassiste a tant d'importance pour lui: � Un big band est une
�quipe dont les deux membres les plus importants � du point de vue du batteur
-sont le trompettiste solo et le
contrebassiste. Le contrebassiste est l� pour vous aider � garder le tempo et
le trompettiste est l� pour le phras�. �[66]
Le point de vue de Guillaume
Nouaux, batteur de la nouvelle g�n�ration, est int�ressant dans le sens o� il
relativise l�importance donn�e � cette complicit�. L�id�al, selon lui, est � un
duo dans lequel il existe une grande complicit�, une �coute permanente et
r�ciproque, et une prise de risque partag�e �. Pourtant, il affirme :
� cela peut aussi fonctionner si les prises de d�cision ne sont pas
totalement partag�es, � condition que celui qui ne prend pas de d�cision soit
constamment � l��coute de l�autre. Effectivement, si les deux personnalit�s ont
des conceptions de leader et veulent prendre des directions diff�rentes, cela
ne peut pas fonctionner. �[67]
Il existe bien un lien assez fort
entre un batteur et un contrebassiste d'un m�me groupe, mais l'erreur serait de
croire qu'ils agissent seulement en fonction l'un de l'autre. Comme nous l'a
rappel� le contrebassiste Riccardo Del Fra,
� Une chose � laquelle les
gens ne pensent pas, c�est qu�il existe plusieurs couples dans une section
rythmique. On pense toujoursbasse/batterie, mais est-ce que l�on pense batterie/piano ? Pensez
� un chef-d'�uvre populaire comme " Kind of Blue ", �coutez
ce que font Winton Kelly ou Bill Evans, �coutez ce qu�ils font par rapport au
batteur. En extrapolant la contrebasse, on se rend compte que la main gauche du
piano est en totale relation avec la main gauche du batteur, c�est un couple.
Lorsque McCoy Tyner plaque ses accords de quarte, rythmiquement, il est en
relation avec Garrison, mais il est consid�rablement en relation avec Elvin.
Les gens ont tendance � visualiser des tandems genre basse/batterie ou
piano/sax, alors qu�il y a aussi basse/piano et batterie/piano. J�ai toujours
peur, dans la section rythmique, qu�on dise : " Nous deux,
il faut que l�on soit ensemble, et puis l�autre se base sur nous, et puis le
soliste se base sur l�ensemble de la section rythmique ". Mais c�est
un tout constamment. On le divise parfois pour un besoin de compr�hension,
d�analyse temporaire. Mais si le soliste change, le tandem basse/batterie ne
fera plus la m�me chose. �a il ne faut pas le perdre de vue. Par exemple,
quand vous entendez quelque chose de bizarre au piano: si c�est le piano qui
m�ne, alors vous devez vous plier � ce qu'il fait, et le suivre, il n�y a pas
d�ego. L�ego existe gr�ce � cette capacit� de l�egode se plier tout en restant soi.�[68]
3.1. Les diff�rentes conceptions du
son3.2. Cons�quences de la transformation
des mat�riaux3.3. Modification de la hauteur des
cordes3.4. Les apports de l�amplification3.5. Le � revival du vieux
son �3.6. Vers un jeu � deux doigts
3.1. Les diff�rentes
conceptions du son
Tout autant que le choix des notes et du rythme, le son,
propre � chaque instrumentiste, est un param�tre qui pr�occupe particuli�rement
les jazzmen. Diff�rent pour chaque musicien, il constitue souvent sa
sp�cificit�. C�est une donn�e � partir de laquelle les jazzmen fournissent un travail
de recherche colossal qui s��tend parfois sur toute leur vie. Il est tr�s
certainement li� � la personnalit�, � la culture, au physique de chaque
personne. Charlie Haden pr�cise � ce propos que le sien est � li�� ses origines � et affirme :
� on joue selon sa fa�on d��tre, et on d�couvre peu � peu son propre son,
sa propre musique. �[69]
Mais d�autres param�tres, tels que les crit�res techniques, contribuent �
l��laboration du son. Ainsi, pour le contrebassiste, la constitution des cordes
et du mat�riau en g�n�ral, les divers proc�d�s d�amplification, influencent
largement le son obtenu par l�instrumentiste, que ce soit par choix ou par
d�faut. Finalement, l�acquisition d�un son caract�ristique est la ran�on d�un
travail personnel qui vise � se rapprocher d�un id�al, propre � chaque
individu, en prenant en compte les possibilit�s et les contraintes dont le
musicien dispose.
M�me si chaque musicien poss�de des qualit�s sonores
sp�cifiques, on peut d�gager une �volution sonore g�n�rale chez les
contrebassistes. En effet, certains contrebassistes ont �t� (et sont encore)
des mod�les, en ce qui concerne le son. On d�gage donc des grandes �coles du
son, form�es par quelques arch�types et leurs admirateurs.
Le premier qui a boulevers� la contrebasse du point de vue fonctionnel
et technique est Jimmy Blanton. Il a un son gros, large, qui s�apparente �
celui des bassistes ant�rieurs, tels que Walter Page ou John Kirby, et, en m�me
temps, une grande souplesse. En outre, la virtuosit� � laquelle il acc�de n�est
possible qu�avec une certaine qualit� de son. Celle-ci lui permet d��tre
parfaitement clair et met � sa disposition une grande vari�t� de phras�s tir�s
du jeu des guitaristes. Le phras� virtuose, pr�cis et extraordinairement
intelligible dont il fait preuve dans les duos enregistr�s avec Duke Ellington
en 1940 est � peine imaginable pour un contrebassiste de cette �poque (cf.
annexes : transcription du solo de Jimmy Blanton sur Body and Soul(cd2,
plage 7), duo Duke Ellington & Jimmy Blanton, Chicago, 1er
octobre 1940). Par contre, il est l�un des derniers contrebassistes � ne pas se
pr�occuper de la tenue du son. On entend nettement dans son jeu la vibration
cesser avant l�attaque de la note suivante, alors que ses successeurs
adapteront une esth�tique nouvelle en cherchant de plus en plus un son soutenu
d�une note � l�autre, et ceci parall�lement aux batteurs. � cause du r�glage
des cordes, la main gauche est soumise � un travail musculaire intense, qui oblige
celle-ci � des instants de d�tente pendant lesquels elle n�appuie plus.
Oscar Pettiford est consid�r� comme son successeur direct
(il le remplace dans l�orchestre de Duke Ellington) et r�volutionne l�histoire
du son de la contrebasse en faisant preuve d�une pl�nitude de sonorit�
inhabituelle. Encore une fois, cette rondeur que l�on ne trouve pas chez des
bassistes qui lui sont contemporains tels que Tommy Potter ou Curley Russell
est peut-�tre � rapprocher de son inclination pour l�aspect m�lodique de
l�instrument. On remarque que Tommy Potter et Curley Russell ne sont que tr�s
rarement solistes et semblent se d�sint�resser de la fonction m�lodique de
l�instrument. Leur son un peu moins li� que celui de Pettiford suffit �
assouvir la fonction rythmique, � laquelle ils s�attachent tr�s honorablement.
On conna�t la grande rigueur rythmique et la s�ret� de l�assise qu�ils
fournissent dans les tempos rapides impos�s par les musiciens debe-bop.
Ray Brown est, selon nous, le mod�le de son par excellence.
Il retient de Pettiford une rondeur de son d�une grande beaut�, qui allie
souplesse et pr�cision rythmique. Il utilise un son tr�s nuanc� : de
fr�quentes diff�rences d�intensit� sont sensibles lorsqu�il passe de
l�accompagnement au solo � comme dans I�m an Old Cowhand[70](cd1,
plage 22), il diminue brusquement pour commencer son solo � , � diff�rents
niveaux de l�accompagnement � Way at West[71](cd1,
plage 23), il joue les deux mesures de break plus fort, puis revient au
volume initial) et � l�int�rieur d�une m�me phrase (I�m an Old Cowhand,
� plusieurs reprises dans le solo). Mais ce qui le caract�rise plus que tout,
c�est une robustesse et une justesse de son qui le placent entre la tradition
du gros son de Blanton et celle de la rapidit� de LaFaro.
Parmi les bassistes des ann�es 1950, on retrouve une grande
rondeur de son chez le virtuose Paul Chambers et chez Reggie Workman, contrebassiste
de John Coltrane entre autres, dont la sonorit� chaude fait merveille surles enregistrements de Coltrane au Village
Vanguard en novembre 1961. On remarque des sonorit�s plus creuses, avec une
intonation plus aigue dans le jeu guitaristique de George Tucker, la pr�cision
de Wilbur Ware, la v�locit� de Bob Cranshaw ou l�extraordinaire lyrisme de
Walter Booker[72].
Le cadre de ce travail ne permet pas de mentionner les
bassistes post�rieurs � 1960, mais il est �vident que le son continue d��voluer
de fa�on tr�s diverse et passionnante.
3.2. Cons�quences de la
transformation des mat�riaux
La stabilisation de la forme de la contrebasse telle que
nous la connaissons aujourd�hui est tr�s tardive. Un t�moignage d�Eddie Dawson
(1884-1972), contrebassiste de La Nouvelle-Orl�ans, nous confirme l�utilisation
de contrebasse � trois cordes au d�but du XXe si�cle :
� En ce temps l� [vers 1910], nous utilisions pratiquement tous des basses
� trois cordes. Il nous �tait difficile de jouer sur des basses � quatre
cordes. J�ai chang� lorsque je suis rentr� dans des orchestres plus
performants. J�ai donc utilis� une basse � quatre cordes. C�est � ce moment-l�
que la corde de mi est arriv�e. �[73]
Au cours des ann�es 1930, les cordes en m�tal prennent la place des cordes en
boyau. Ce nouveau mat�riau a l�avantage d��tre plus solide. De plus, il est �
l�origine de la diff�rence de son qu�obtiennent les contrebassistes de cette
p�riode.
Effectivement, les
cordes en m�tal donnent la possibilit� d�acqu�rir une pr�cision sup�rieure
quant � l�attaque des notes. Elles permettent aussi de produire des sons plus
longs, avec plus de sustain[74].
Il suffit de comparer les enregistrements de Wellman Braud (chez Duke
Ellington) et ceux de Ray Brown. On y entend d�j� une grande diff�rence :
les sons assez courts et percutants de Wellman Braud et de Walter Page
deviennent beaucoup plus larges et plus ronds avec Ray Brown ou Oscar
Pettiford. Les diff�rentes qualit�s d�enregistrement inh�rentes � l��poque
accentuent, il est vrai, cette impression, mais on ne peut nier les
transformations qu�ont apport�es les cordes en m�tal. Cette premi�re rondeur
obtenue va permettre un langage plus m�lodique. Le contrebassiste peut
d�sormais phraser de mani�re plus li�e, un peu � l�image d�un instrument � vent.
L�apparition des cordes en m�tal correspond � la p�riode la
plus productive de Jimmy Blanton, qui jouait encore sur des cordes en boyau.
Effectivement, � la fin des ann�es 1930, on ressent chez les contrebassistes un
int�r�t nouveau pour l�aspect m�lodique. Les solos de basse se font de plus en
plus fr�quents. Slam Stewart, par exemple, avait l�habitude de doubler ses
solos en chantant � l�octave sup�rieure. Israel Crosby, reconnu pour ses lignes
de basse magnifiques, a grav� l�un des premiers vrais solos de contrebasse de
l�histoire du jazz Blues of Israel
en 1935.
Aujourd�hui, la texture des cordes est tr�s vari�e. La
plupart des cordes sont fabriqu�es � partir d�un alliage de diff�rents
mat�riaux. Les recherches effectu�es � ce sujet servent les contrebassistes,
qui cherchent un son toujours plus pr�cis et plus soutenu. Ainsi, le son d�j�
tr�s li� de Ray Brown devient quasi continu avec des accents chez Ron Carter. M�me
avec l�arriv�e des cordes en m�tal, tous les contrebassistes ne cherchent pas �
avoir un son plus long. Scott LaFaro, par exemple, utilise des cordes en boyau Golden
Spiral[75]. Il
est vrai que chaque note qu�il joue est �touff�e naturellement avant la
suivante soit jou�e. Les cordes en boyau lui apportent un son plus mat, moins
brillant que s�il jouait avec des cordes en m�tal. Certains contrebassistes
tels que Steve Swallow et Gary Peacock ont essay� de jouer avec les deux cordes
graves en m�tal et les deux cordes aigues en boyau filet� nylon. Charlie Haden
joue encore dans cette m�me configuration, mais cela ne semble, selon Barre
Phillips, pas tr�s adapt� aujeu �
l�archet[76].
La transformation du mat�riau constitutif des cordes est un
�l�ment cons�quent dans l��volution proprement musicale de la contrebasse. Les
exp�rimentations faites � ce sujet ont permis aux contrebassistes d�obtenir un
son plus pr�cis, plus soutenu et surtout plus proche de ce qu�ils avaient envie
d�entendre. L�all�gement dans le jeu des batteurs a �galement laiss� plus de
place aux contrebassistes pour s�exprimer. La transformation des mat�riaux leur
a permis de le faire de fa�on plus pr�cise rythmiquement, plus juste, plus
claire, plus m�lodique et par cons�quent plus fr�quente.
3.3. Modification de la
hauteur des cordes
Avec Jimmy Blanton et ses successeurs, le r�le de la basse
se modifie, demandant davantage de technique. De ce souhait d�coule le
rapprochement des cordes vers la touche.
Les cordes tr�s hautes qui permettent de slapper dans
le style New Orleans, se rapprochent
avec le d�sir de virtuosit�. En effet, plus les cordes sont hautes, plus elles
demandent un effort important au contrebassiste qui tire dessus. De plus,
l�action de tirer tr�s fort sur la corde provoque un d�placement de la corde
plus important, donc une perte de temps car le bassiste doit aller chercher la
corde plus loin. Pour cette raison, on ne peut pas �tre aussi v�loce, ni aussi
appliqu� avec sa main gauche lorsque l�on utilise des cordes mont�es tr�s loin
de la touche. Ce qui implique �galement un probl�me de justesse �vident d� au mauvais
placement de la main gauche qui travaille en force. Par contre, en r�glant les
cordes tr�s haut au-dessus de la touche de l�instrument, on peut obtenir un
maximum d�amplitude de vibration, et donc un volume sonore plus important.
C'est pourquoi, jusqu�� l�av�nement des syst�mes d�amplification, les
contrebassistes jouent sur des cordes tr�s hautes.
Jimmy Blanton jouait encore sur des cordes tr�s hautes. Mais
il avait d�j� compris qu�il fallait utiliser moins d��nergie pour pouvoir faire
des phrases m�lodiques, et qu�il fallait parfois sortir de la caricature du
� bon bassiste �, qui joue de fa�on un peu lourde, en tirant les
cordes au maximum. Les conditions mat�rielles dans lesquelles il joue sont
quand m�me assez rudimentaires et rendent ses performances d�autant plus
m�ritantes, notamment ses duos avec Duke Ellington dans lesquels il innove en
faisant preuve d�une extraordinaire v�locit� pour l��poque.
A partir du moment o� les cordes sont plus basses, les
bassistes gagnent en pr�cision et commencent � travailler l�instrument comme un
instrument classique. Beaucoup de jazzmen vont voir des contrebassistes
classiques dans les orchestres symphoniques pour travailler la technique
d�archet notamment. Le c�t� soliste devient plus pr�sent chez les contrebassistes
qui commencent � jouer des m�lodies, des th�mes, comme le contrebassiste Paul
Chambers qui joue le fameux th�me de So What[77](cd1, plage 24)dans le � Kind of Blue � avec
Miles Davis, et tous les th�mes � l�int�rieur de sa propre formation � partir
de 1963.
Vingt ans apr�s le succ�s de Jimmy Blanton chez Duke
Ellington, Scott LaFaro utilise des cordes beaucoup plus pr�s du manche, ce qui
lui permet d�exploiter la tessiture de la contrebasse de fa�on plus compl�te et
plus virtuose. Dans le trio de Bill Evans, il dialogue avec le piano en
montrant une facilit� quasi identique � celle du pianiste. Le son qu�il obtient
en rapprochant ses cordes est aussi plus doux et moins fort. Une des
r�volutions qu�il a op�r�e concerne justement le son : il rend obsol�te le
besoin d�avoir un "gros" son en permanence et cherche � jouer
avec plus de nuances. Une anecdote que nous a racont�e Jacques Vidal dit que
Scott LaFaro demandait souvent � Paul Motian et m�me � Bill Evans de jouer
moins fort pour qu�il puisse avoir un son plus m�lodique et plus doux.Une exp�rience moins heureuse a aussi pour origine
le rapprochement des cordes exerc� par Scott LaFaro. En effet, Red Mitchell
rapporte qu�� San Francisco, Sonny Rollins lui avait demand� de remplacer
LaFaro, car il ne parvenait pas � l�entendre suffisamment[78].
Il est vrai que Scott LaFaro n�utilisait jamais d�amplification, � l�inverse de
Red Mitchell qui poss�dait m�me son propre appareillage de micros et de c�bles.
On peut imaginer la d�ception ressentie ce jour l� par Scott LaFaro, lui qui
admirait tant le grand Sonny Rollins.
3.4. L�apport de
l�amplification
Avec l��volution du jazz, le son de l�orchestre s�all�ge, la
contrebasse prend donc plus d�importance, car on l�entend mieux et on lui
laisse plus d�espace. Ses interventions sont plus vari�es, s�enrichissent
harmoniquement et laissent entendre des lignes de basse soign�es sur le plan
m�lodique. Cette �volution s�accentue avec les innovations qui permettent de
mieux distinguer la basse : l�arriv�e des cordes m�talliques, le
rapprochement des cordes vers le manche, et surtout l�amplification qui ne fait
son entr�e dans le monde des contrebassistes que tr�s tardivement.
Jusque vers la fin des ann�es 1920, les contrebassistes jouent
de fa�on totalement acoustique. Le premier enregistrement avec contrebasse
�lectriquement amplifi�e date de 1928, avec Wellman Braud dans Hot and Brothered[79](cd1,
plage 25) au sein de l�orchestre de Duke Ellington. A partir de cette date,
l�utilisation d�un micro devant l�instrument rentre petit � petit dans les
habitudes. Cette m�thode a l�avantage, si la sonorisation est correcte, de
reproduire fid�lement le son acoustique, ce qui n�est pas le cas des cellules
utilis�es ult�rieurement. En revanche, le gros inconv�nient d�une telle
installation est que tous les bruits � proximit� de la contrebasse se trouvent
�galement amplifi�s, et principalement la batterie, ce qui pose � nouveau la
difficult� d�un bon �quilibre entre les deux instruments de base de la section
rythmique. Signalons que cette technique du micro devant la contrebasse est
encore utilis�e de nos jours en studio, car elle permet de se rapprocher d�un
son authentique de l�instrument.
Les premi�res
cellules que l�on fixe sur l�instrument n�apparaissent que dans le courant des
ann�es 1960. Leur atout est d'amplifier uniquement le son provoqu� par la
vibration des cordes. En contrepartie, le son acoustique de l�instrument n�est
plus reproduit aussi fid�lement. Il devient v�ritablement �lectrique. Le
contrebassiste doit alors chercher quel amplificateur convient � telle cellule,
afin d�obtenir le son qui correspond � ses d�sirs.
La premi�re cellule est la Polytone. Elle se
coince entre les deux pieds du chevalet et permet une transmission du son assez
fid�le, puisqu�elle capte le son du bois. Mais elle a l�inconv�nient d��carter
les pieds du chevalet et d��tre limit�e quant � la puissance sonore.
Puis, les BarcusBerry arrivent sur le march�. Elles reprennent le syst�me
d�amplification des guitares basses �lectriques. Ces micros sont plus
puissants, mais c�est la qualit� sonore qui cette fois ne donne pas enti�re
satisfaction.
La cellule Underwood, qui est tr�s utilis�e dans
notre pays, est d�utilisation tr�s simple. Elle supprime le bruit des doigts
sur les cordes et donc les attaques, et favorise la tenue du son. Malgr� tout,
on peut lui reprocher une sonorit� m�tallique et un peu nasale.
La cellule Fisherman, peu utilis�e en France (employ�e
par Michel Gaudry) mais utilis�e par de nombreux contrebassistes am�ricains
(notamment Buster Williams) semble valoir largement la pr�c�dente. Il s�agit de
deux micros que l�on place sur le chevalet, l�un entre les deux cordes graves
et l�autre entre les deux cordes aig�es. Le son peut �tre modul� en d�pla�ant
les micros. C�est cette cellule qui reproduit le mieux le son acoustique, mais
elle pr�sente aussi certains d�savantages : il faut poss�der un chevalet
rigoureusement plat pour en obtenir le meilleur rendement (Pierre Michelot n�a
pu l�utiliser pour cette raison[80]),
et des cordes suffisamment espac�es ; d�autre part elle fait sourdine d�o�
le risque d�avoir un son acoustique nasal.
La cellule utilis�e par les contrebassistes Riccardo Del Fra
et Patrice Caratini est fabriqu�e par le fran�ais Franck Fromier. Elle se
d�finit sous la forme d�un piezzo[81]
auquel on peut ajouter un petit micro d�appoint. S�il n�y a pas de batterie ou
pas trop de bruit, avec la combinaison des deux, on peut avoir un son tr�s proche
de l�acoustique, tout en gardant de l�attaque.
Parmi les cellules moins utilis�es en France, citons la Shadow,
pastille qui se colle sur le chevalet, dont le r�sultat est m�diocre.
La meilleure cellule, qui ne se trouve malheureusement pas
dans le commerce, est celle utilis�e par le danois Niels Henning Orsted
Pedersen. Il s�agit d�un ensemble de quatre micros magn�tiques plac�s sur la
touche (un par corde) connect�s chacun � des bo�tiers permettant un r�glage
ind�pendant pour chaque corde, donc un parfait �quilibre d�ensemble. � Mon
syst�me est compliqu� �, d�clare NHOP[82],
� mais parfait me semble-t-il. Bien s�r, d�s que quelque chose passe par
l��lectronique, ce n�est pas le m�me son, on peut toujours en discuter, mais
j�en suis satisfait. Je peux jouer aussi fort que je le veux. �[83]
Avec les diverses possibilit�s d�amplification, les
bassistes (et les autres musiciens) des ann�es 1970 ont tendance � jouer
excessivement fort. Les lieux qui accueillent les musiciens s'agrandissant
consid�rablement, cette augmentation de volume est d'autant plus n�cessaire. Le
groupe Weather Report et les groupes
de jazz-rock en g�n�ral sont particuli�rement repr�sentatifs de cette
intensification sonore. Les contrebassistes ont besoin d'�tre plus pr�sents.
Certains d�entre eux essaient la solution d�un instrument
hybride, compromis entre la guitare et la contrebasse, qui conna�t d�j� un vif
succ�s sur les sc�nes rock, soul, funk, pop et jazz-rock : la guitare basse
�lectrique. Le premier mod�le, cr�e par Leo Fender, nomm� Precision Bass, soulage beaucoup de bassistes,
fatigu�s d'�tre couverts par la batterie et de transporter un instrument aussi
encombrant que la contrebasse. La
guitare basse permet �galement l'accession � une virtuosit� inimaginable � la
contrebasse, ce dont t�moignent les bassistes Steve Swallow, Stanley Clarke (au
c�t� de Chick Corea) et Jaco Pastorius (membre du Weather Report de Joe Zawinul et Wayne Shorter). Ron Carter,
Miroslav Vitous, Stanley Clarke, Steve Swallow et Dave Holland ont eu l�occasion
d�essayer guitare basse et contrebasse, puis ils ont choisi la contrebasse pour
Miroslav Vitous, Ron Carter et Dave Holland, et la guitare basse pour Stanley
Clarke et Steve Swallow. On sait qu�il arrivait m�me � Ray Brown d�utiliser une
basse Fender, mais pendant ses s�ances en studio uniquement[84].
Aujourd�hui, la guitare basse est devenue un instrument � part enti�re, gr�ce �
des musiciens, tels que Jaco Pastorius, qui ont su l�exploiter pleinement et
mettre en valeur les qualit�s qui lui sont propres. Depuis une trentaine
d�ann�e, on voit appara�tre des contrebasses �lectriques, avec Eberhard Weber
ou Marc-Michel Leb�villon, par exemple. Comme sur les guitares, on utilise des
p�dales d�effet, la p�dale � wha wha � �tant la plus connue. Elle est
utilis�e par exemple par Vitous avec Weather Report (dans Orange[85],
Cristal[86]
et Medley[87])
et par Charlie Haden dans Mortgageon my Sou[88]l
avec Keith Jarrett.
L�amplification tient un r�le important dans l��volution du
jazz et de la contrebasse. Ilnous
semble que la mani�re de jouer de chaque musicien �volue avec la fa�on dont est
sonoris� le groupe. La contrebasse �tant l�instrument au volume sonore le plus
faible, son amplification a influenc� tout le reste de la formation. Tant que
la basse n�est pas parfaitement audible, les musiciens sont oblig�s de porter
une attention particuli�re � ce qu�elle fait, et adaptent leur jeu de fa�on �
ne pas la couvrir. Le batteur ne doit pas jouer trop fort, les mises en place
doivent aboutir � une lisibilit� assez marqu�e, la cymbale doit avoir un son
plut�t rond. L�amplification lib�re toutes ces contraintes impos�es aux autres
musiciens de la formation.
Mais elle �mancipe surtout le jeu des contrebassistes, qui
peuvent d�sormais fournir la m�me quantit� d�informations en faisant moins
d�efforts. Cet �panouissement apporte rapidement d'innombrables possibilit�s
techniques. Diff�rentes techniques issues de la guitare ou des instruments �
vent sont adopt�es par les contrebassistes. Ainsi les contrebassistes
exploitent diff�rents phras�s, comme les hammer
et les pull off[89],
utilis�s, par exemple, par George Tucker dansGreenDolphin
Street[90]
(cd1, plage 26). La technique d'accords devient envisageable par les
contrebassistes. Les harmoniques[91],
qui ne sont quasiment pas utilis�es jusque-l�, sont accessibles avec beaucoup
plus de facilit� qu'auparavant. L'ensemble de la tessiture de l'instrument
devient audible, et par cons�quent plus fr�quemment usit�e. Par extension,
l'harmonie employ�e par les bassistes s'enrichit consid�rablement. � l'ensemble
de ces innovations s'ajoute une aisance dans l�articulation et une dext�rit�
nouvelle, et par cons�quent un go�t prononc� pour les motifs m�lodiques. Les
syst�mes d'amplificationassoci�s � la
contrebasse surviennent dans le monde des contrebassistes comme un soulagement.
Elle rend la virtuosit� plus accessible pour les bassistes qui le d�sirent, et
permet tout au moins de jouer en fournissant moins d'efforts. Ray Brown affirme
en 1980 : � l�amplification [�] m�aide, � mon �ge, � pouvoir encore
jouer. �[92]
L�amplification modifie in�vitablement le son. Celui-ci perd
de la profondeur, de la rondeur. Riccardo Del Fra avoue qu�avec
l�amplification, � le son de Ron Carter est devenu moins joli, l�environnement
[qu�il cr�e avec Tony Williams] est moins f�lin. C�est plus flagrant, plus
�vident, plus devant. Le r�sultat est appr�ciable, et pourtant je trouve cela
un peu moins bien. �[93]
Quant � R�mi Vignolo, il regrette que les facilit�s apport�es par l�amplification
fassent oublier � certains le r�le organique d�une contrebasse, qui est de
soutenir le groupe. Cette sensation doit se retrouver non seulement dans le
choix des notes et des rythmes, mais aussi dans le son, et donc dans
l�intention du musicien. Il
s�explique : � ce qu�un contrebassiste apporte dans un groupe, c�est
justement cette patte, cette chose grave, qui fait que l�on donne corps � la
batterie qui, elle, sonne assez aig�e (les cymbales, la caisse claire) il
me semble que le mariage des deux est assez homog�ne. [�] Avec l�amplification,
beaucoup de gens ne sont pas int�ress�s par ce c�t� visc�ral de la basse. Ils
reproduisent une pulsation avec des moyens �lectriques qu�ils n�ont pas
vraiment dans les doigts et dans le ventre. �[94]
Dans le m�me ordre d'id�e, Ray Brown, qui repr�sentait lui-m�me une compagnie
d'amplification, mettait en garde les jeunes musiciens des m�faits de
l'amplification: � Vous jouez de l�amplificateur, ne laissez pas
l�amplificateur jouer de vous ! � et compl�te : � On doit
faire attention au son. Le son, c�est un peu comme les empruntes digitales, �a
vous appartient. Je pense qu�il faut d�abord avoir un beau son et ensuite
l�amplifier. �a simplifie les choses. �[95]
En effet, il est peut-�tre salutaire de prendre conscience des limites des
capacit�s de son instrument � l��tat acoustique, avant d�aborder les bienfaits
de l�amplification. Cette d�marche permet de conna�tre les caract�ristiques
pr�cises de l�instrument. C�est en �coutant des bassistes comme Jimmy Blanton, Paul
Chambers, Ray Brown ou Sam Jones que l�on se rend vraiment compte de ce que
peut apporter cet instrument.
Pour essayer de rem�dier aux inconv�nients de
l�amplification, certains contrebassistes allient syst�me �lectrique et
acoustique. C�est-�-dire qu�ils utilisent un pick-up[96],
pour tout ce qui est �lectrique (la d�finition, l�attaque m�tallique, la clart�
des notes�), et un micro plac� devant leur contrebasse, qui am�ne le
� bois �, la chaleur d�une contrebasse acoustique. C�est le cas de
R�mi Vignolo, Riccardo Del Fra ou Patrice Caratini, par exemple.
3.5. Le � revival
du vieux son �
Ces derni�res ann�es, une tendance appara�t qui privil�gie
le retour aux cordes en boyau, mont�es tr�s loin du chevalet, sans amplification.
Ceux qui optent pour cette solution prennent ces dispositions dans le but de
restituer le son de leurs pr�d�cesseurs. Si l�amplification a permis plus
d�attaque et une virtuosit� plus abordable, elle a en outre fait perdre de la
profondeur dans le son des contrebassistes. C�est cette profondeur de son que
recherchent tous les acteurs du revival.
Cette tendance ne convainc pas tous les bassistes qui se
retrouvent rapidement face aux limites de ces m�thodes. L�absence
d�amplification exige des contrebassistes qu�ils tirent davantage sur leurs
cordes. Au cours d�un entretien, Jacques Vidal m�a confi� que la force
surhumaine d�ploy�e par les contrebassistes tels que Paul Chambers pour faire
sonner leur contrebasse, �tait, selon lui, probablement � l�origine de la mort
pr�coce de nombreux contrebassistes de cette �poque. Il pense que � c�est
un peu ridicule de se fatiguer d�mesur�ment la main, alors que l�on peut
obtenir le m�me r�sultat sans effort avec l�amplification �[97].
En plus de l�effort physique suppl�mentaire demand� au contrebassiste, cette
m�thode est limitative quant � la pr�cision et � la v�locit� de la main gauche.
Riccardo Del Fra nous a fait part d�une remarque faite par Jean-Fran�ois Jenny-Clarke
� ce propos : � Les choses �voluent. On a des amplis, on a des
micros, on met des cordes plus souples pour pouvoir faire certaines choses,
pour pouvoir sortir des harmoniques, pour pouvoir avoir plus de dext�rit�, et
maintenant, on revient en arri�re. � Et Riccardo Del Fra
ajoute : � Moi non plus, je ne suis pas fanatique de cela. J�y
vois comme une attitude int�griste. C�est comme si je faisais un disque de
chanson et que j�essayais d�avoir le son des 78 tours. Je pense que c�est
un exercice de style, mais pour quel a priori, pour quel besoin devrais-je me
limiter ?�[98] Son
point de vue rejoint celui d�H�l�ne Labarri�re qui est assez hostile �
� l�aspect r�actionnaire � qu�elle attribue � ce mouvement.[99]
M�me si la plupart des musiciens reconnaissent les limites de ces pratiques
remises au go�t du jour, R�mi Vignolo a admis lors d�un entretien organis� dans
le cadre de ce travail qu�il n�y avait pas eu que des mauvais c�t�s selon lui
dans ce revival. Il a �t� b�n�fique dans le sens o� il replace le bassiste au
sein du groupe dans son r�le premier et fondamental. En effet, le pi�ge de
l�amplification serait de profiter des facilit�s sonores offertes pour jouer
comme un instrument m�lodique en oubliant son r�le d�accompagnateur. Il
pr�cise : � Je suis content
qu�il y ait eu ce mouvement l� parce que �a a fait prendre conscience � pleins
de gens que la basse �tait un instrument organique, que �a devait se passer
d�abord dans le ventre et dans le son du groupe avant de s�entendre. Moi je
pr�f�re qu�on me sente plut�t qu�on m�entende. Il est vrai aussi que quand
j�improvise, j�aime bien m�entendre mais ce que je veux surtout, c�est faire
mon boulot de bassiste.�[100]
Ce probl�me est similaire � celui des batteurs, qui
cherchent � retrouver le son de leurs ma�tres. En effet, la peau plastique
invent�e par Marion � Chick � Evans appara�t dans le milieu des
ann�es 1950. Elle pr�sente un avantage consid�rable car elle reste insensible
aux variations de temp�rature.En
revanche, la qualit� sonore n�est plus la m�me, � tel point que Kenny Clarke,
vers la fin de sa vie, r��coutant ses enregistrements des ann�es 1940, fait
venir des Etats-Unis en France des peaux animales par l�interm�diaire de
� Philly � Joe Jones � cela pour retrouver un son qui lui �tait
cher.[101]3.6. �volution vers un
jeu � deux doigts
Dans le courant des ann�es 1950, l��volution du langage
pr�nant un jeu plus rapide et plus v�loce, la technique �volue n�cessairement
afin de r�pondre aux attentes du langage. � l�inverse, les d�couvertes des
bassistes quant aux nouvelles fa�ons d�aborder l�instrument influencent
certainement le langage.
Jusque-l�, les bassistes attaquent les cordes du tranchant
de la main droite le long de l�index. Plusieurs raisons expliquent cette
pratique. La fa�on dont �taient mont�s les instruments rend le jeu � plusieurs
doigts tr�s difficile, voire impossible. En effet, les cordes sont tr�s
�loign�es de la touche et exigent la puissance de toute la main droite. La
hauteur des cordes, g�nante pour la virtuosit�, est in�luctable jusqu��
l�arriv�e de l�amplification. Les bassistes ont besoin d�un son puissant, que
seul peuvent leur fournir une attaque pr�s du chevalet et une grande amplitude
de vibration de la corde ; ce qui induit des cordes tr�s hautes et une
force assez importante pour r�pondre � la hauteur de ces cordes. Pierre
Michelot explique qu�avant l�arriv�e des syst�mes d�amplification, il jouait
uniquement avec tout l�index de la main droite. Il ajoute qu�il existe bien une
autre solution : � attaquer la corde avec l�index et le majeur en
m�me temps �[102].
Les deux m�thodes ont pour objectif d�acqu�rir un volume sonore cons�quent, et
ne sont en aucun cas propice � une virtuosit� quelconque. Ce probl�me constitue
l�environnement de tous les bassistes, que ce soit Wellman Braud ou, bien plus
tard, Jimmy Blanton, jusque dans les ann�es 1950.
Avec la banalisation de l�amplification de la contrebasse
(qui ne consiste alors qu�� placer un micro devant l�instrument), d�autres
techniques de jeu ont pu �tre envisag�es � la main droite. En mettant de c�t�
le probl�me du volume sonore, les contrebassistes d�couvrent vite les avantages
du placement perpendiculaire par rapport aux cordes (comme � la guitare basse)
et l�alternance des deux doigts � la main droite. Ces nouvelles approches
permettent un jeu � la fois plus l�ger, plus v�loce et proposant divers effets
inutilis�s jusqu�alors. Le son est moins puissant, mais plus onctueux. Cette
rondeur d�attaque est accentu�e par une attaque plus loin du chevalet vers le
haut du manche. Red Mitchell affirme qu�il � utilisai[t] les deux doigts
en pizzicato depuis 1948, et qu�[il a] enseign� cette technique � Scotty [Scott
LaFaro], � Gary Peacock, � Charlie Haden et � quelques autre fr�res �[103].
Cette technique est rapidement appr�ci�e par les contrebassistes, comme en
t�moignent les propos de Jim Atlas : � Jamais nous n�avions entendu
cela � la basse : il [Scott LaFaro] jouait des th�mes de Charlie Parker au
tempo ! Il nous a montr� comment utiliser les deux doigts en pizzicato,
et jouer vite est devenu facile �[104].
L�index et le majeur restent les doigts privil�gi�s parce que les plus forts ;
mais il arrive � certains d�utiliser l�annulaire et le pouce, lequel permet de
jouer des accords de deux notes en dixi�mes ou en septi�mes. Niels Henning
Orsted Pederson et Dave Holland utilisent couramment ces quatre doigts. Ray
Brown jouait avec un ou deux doigts. John Clayton qui vient de � l��cole
Ray Brown �, joue �galement avec deux doigts.
Autant la technique de la main gauche est facilement
reconnaissable (les doigt�s utilis�s sont soit � 1er doigt, 2�me
doigt et 4�me doigt �, soit, selon l��cole italienne, � 1er
doigt, 3�me doigt et 4�me doigt �), autant la fa�on
d�utiliser la main droite est diff�rente pour chaque personne. On peut dire
qu�elle d�pend de la constitution physique de chaque individu. Elle est donc
tr�s personnelle. Le contrebassiste n�a qu�une seule exigence par rapport � sa
main droite : chercher la mani�re de jouer qui lui permettra d�obtenir le
son qui lui convient.
4.1. Les premiers solos de
contrebasse4.2. Le trio et la nouvelle place
accord�e � la basse4.3. L�apport du trio de Bill Evans �
Scott LaFaro4.4. Innovations �tablies par Scott
LaFaro4.5. Scott LaFaro hors du trio de
Bill Evans4.6.Aboutissement des recherches amorc�es par Blanton trente ans
auparavant et impact laiss� par LaFaro
4.1. Les premiers solos
de contrebasse
La contrebasse n�est pas un instrument soliste par
d�finition, comme le sont, par exemple, de fa�on plus �vidente les instruments
de la famille des vents (trompette, saxophone, trombone, clarinette, cornet, etc�).
La fonction essentielle du contrebassiste consiste � fournir une assise
rythmique et harmonique � l�ensemble de la formation, avec l�aide des autres
membres de la section rythmique. Petit � petit, la contrebasse soigne l�aspect
m�lodique de ses lignes, et commence � appara�tre en solo. Les premi�res
tentatives de solo ne sont que de br�ves irruptions, durant lesquelles la
contrebasse est laiss�e seule pendant quelques mesures. Cette pratique se
d�veloppant, des solos entiers sont rapidement conf�r�s � la contrebasse. Les
limites concernant la virtuosit� et le volume sonore impos�es par la facture de
l�instrument engendrent une participation aux solos du contrebassiste assez
tardive, par rapport � la plupart des instruments. Aujourd�hui, l�id�e d�un
contrebassiste accompagnateur et soliste est totalement int�gr�e dans les esprits,
mais sa vocation naturelle pour l�accompagnement, li�e � la nature de
l�instrument, reste �vidente.
Avant les premiers vrais solos, on peut assister � plusieurs
tentatives de mise en avant de la contrebasse. L�exemple le plus ancien, � notre
connaissance, appartient � un enregistrement de l�orchestre de Jelly Roll
Morton en 1926 et s�intitule Granpa�s Spell[105](cd1, plage 27). On y entend de br�ves interventions du contrebassiste
(John Lindsay) continuant le walking, mais seul. Plus exactement,
Lindsay joue deux fois le sch�ma suivant : deux mesures avec batterie et
trombone, deux mesures seul avec la batterie, puis quatre mesures avec tout
l�orchestre. Une grande partie du morceau est construit sur cette base de 8
mesures, les quatre premi�res permettant de mettre un soliste en valeur, les
quatre suivantes constituant une r�ponse de tout l�orchestre. Cet
enregistrement est en tout cas un des premiers � mettre en relief la pr�sence
de la basse dans un r�le tout � fait diff�rent de celui d�accompagnateur.
Le premier solo de basse en pizzicato jamais
enregistr� est probablement celui de Bill Johnson en 1928 avec l�orchestre de
Johnny Dodds sur Bull
Fiddle Blues(cd1, plage 28). Il s�agit d�un solo
en walking qui s��tend sur une grille de 12 mesures. Les variations
rythmiques sont quasi nulles puisque Bill Johnson respecte le jeu sur tous les
temps caract�ristique de la walkingbass. Les notes choisies par
le contrebassiste ne sortent pas du contexte harmonique associ� au morceau.
Mais il s�agit bien d�un passage r�serv� � la mise en valeur du contrebassiste,
dont la dur�e permet de parler d�un solo.
Deux ans plus tard, Wellman Braud enregistre Double Check Stomp[106](cd1, plage 29) avec l�orchestre de Duke Ellington. On y entend une autre
forme de contrebasse solo : il s�agit d�un long break de huit
mesures, dans lequel la contrebasse est laiss�e seule ; Braud r�p�te une
m�me phrase six fois, avec de l�g�res variations ; le passage est ponctu�
par l�intervention de l�orchestre sur chaque premier temps de la mesure. On ne
peut parler de v�ritable solo, car la phrase jou�e par Wellman Braud est
certainement d�finie avant l�ex�cution du morceau. Par contre, une telle
exposition de la contrebasse est encore assez rare � cette �poque et pr�sage
une �volution vers des expositions encore plus longues, plus fr�quentes et,
nous le savons, plus impromptues.
Blues of Israel[107],
interpr�t� par Israel Crosby est l�un des premiers solos de contrebasse sur un
blues lent. C�est Gene Krupa, en 1935, qui donne l�occasion � ce jeune
contrebassiste de seize ans d�enregistrer ce solo, alors qu�il n�a opt� pour la
contrebasse que depuis deux ans. Crosby d�voile r�ellement ses talents de
soliste et son imagination remarquable lors de son exp�rience au sein du trio
d�Ahmad Jamal qui dure huit ans (1951-53 et 1956-62), et notamment au cours de
pi�ces telles que But
Not For Me[108](cd1,
plage 30), qui est un v�ritable r�gal pour l�auditeur. George Shearing, avec
qui il se produit quelques mois avant sa mort dira de lui : � il
jouait des parties de basse si belles qu�il �tait impossible d�en �crire
d�aussi bonnes. �[109]
Au cours des ann�es 1920-30, les premiers essais de la
contrebasse en soliste �mergent. Puis, le mouvement s�acc�l�re et l�on voit
s�imposer de v�ritables solistes.
Slam Stewart peut �tre consid�r� comme l�un des premiers
solistes � la contrebasse. Il faut toutefois pr�ciser que ce dernier ex�cute
tout ses solos � l�archet, en les chantant � l�octave sup�rieure. Gr�ce � cette
particularit�, qui deviendra sa marque de fabrique et qui sera souvent utilis�e
par nombre de ses successeurs (Major Holley[110],
par exemple), son nom restera grav� dans l�histoire des solos de contrebasse.
N�anmoins, sa popularit� tient plus de cette originalit� d�ex�cution que de la
richesse pure de ses solos. Bien que ces derniers soient tout � fait
remarquables, ils ne sont pas comparables � ceux de Jimmy Blanton, par exemple.
Ses performances sont appr�ci�es d�s ses premiers concerts avec le
guitariste/pianiste Slim Gaillard (1937), avec qui il forme le c�l�bre Slim and Slam, formation dans
laquelle le duo Slim Gaillard / Slam Stewart est constant alors que leurs
accompagnateurs varient. Dopey Joe[111]
(cd1, plage 32) repr�sente tout � fait l�esprit de cette formation. � partir de
la fin de l�ann�e 1943, Slam Stewart conna�t �galement un vif succ�s au sein du
trio fort r�put� d�Art Tatum avec le guitariste Tiny Grimes � �couter, par
exemple, I Got
Rhythm[112]
(cd2, plage 1). En dehors de ces formations, auxquelles on l�associe
ind�niablement, nous retenons le superbe solo de Slam Stewart sur Sometimes
I�m Happy[113]
avec Lester Young en 1943 ; ou encore l�incroyable duo Slam Stewart / Don
Byas sur I Got Rhythm[114]
grav� sous le nom de Don Byas en 1945.
A l�arriv�e de Jimmy Blanton dans l�orchestre de Duke
Ellington en 1939, les solos de contrebasse existent donc d�j�, m�me s�ils ne
sont pas tr�s fr�quents. Certains orchestres, comme celui de Count Basie,
n�exige qu�une seule chose de leur section rythmique : qu�elle assure un
tempo parfait. C�est la raison pour laquelle, nous n�avons que rarement
l�occasion d�appr�cier Walter Page comme soliste dans l�orchestre de Basie. Il
appara�t plus fr�quemment en soliste dans la formation r�duite de Basie Kansas
City Five ou
Six. Ses solos restent le plus souvent en walking sur les
morceaux rapides, comme sur Laughing at Life[115](cd2,
plage2), et s�en d�tache sur les morceaux lents. Basie le laisse, par exemple,
r�aliser une belle introduction sur Pagin� the Devil[116]
(cd2, plage 3), mais sa virtuosit� est bien loin de celle de Blanton � la m�me
�poque.
� l�inverse de Count Basie, Duke Ellington donne la
possibilit� � tous les musiciens de son big band de s�exprimer s�ils ont
quelque chose � offrir. C�est le cas de Jimmy Blanton. Ce jeune contrebassiste,
qui entre dans la formation � l��ge de vingt-et-un ans, arrive avec un son
large et rond, une technique � toute �preuve, un superbe sens du swing et une
imagination d�bordante autant � l�archet qu�aux doigts. Une fois int�gr� au big
band d�Ellington, il est l�instigateur de solos incroyables, tels que sur
les compositions d�Ellington Jack the Bear[117]
(cd2, plage 4), Concerto for Cootie. En plus de ces solos, il enregistre
en 1940 des duos avec Ellington, dont le surprenant Pitter Panther
Patter[118]
(cd2, plage 5). L�ensemble des duos qu�il grave avec le pianiste (Mr. J.B.
Blues (cd2, plage 6), Body and Soul
(cd2, plage 7), Sophisticated
Lady (cd2, plage 8), Plucked Again
(cd2, plage 9), Blues
(cd2, plage 10))[119]
font preuve d�une intensit� m�lodique rare et d�une aisance inimaginable
lorsque l�on conna�t le mat�riel qu�il utilise. Il r�volutionne compl�tement
l�aspect m�lodique de la contrebasse et par cons�quent la mani�re d�improviser.
Son arriv�e dans l�orchestre de Duke Ellington, ainsi que celle de Ben Webster
et Billy Strayhorn (� peu pr�s au m�me moment), marquent l�orchestre et
inspirent au Duke de nouveaux proc�d�s d�orchestration. Ces compositions sont
de plus en plus �labor�es, souvent � forme concertante, et permettent ainsi un
dialogue entre les improvisations du soliste et les ensembles arrang�s. Ellington
ne pourra malheureusement pas appr�cier tr�s longtemps les talents de Blanton,
car il quitte l�orchestre en 1941, atteint de tuberculose qui l�emportera
l�ann�e suivante.Oscar Pettiford, le
successeur de Blanton dans l�orchestre de Duke Ellington � partir de 1945, montre
lui aussi de r�els dons dans le domaine du solo. Ellington lui permet
d�approfondir pleinement ses aptitudes en �crivant sp�cialement des pi�ces dans
ce but (Tip Top Topic) et en lui accordant r�guli�rement des solos afin
de le mettre en valeur (Swamp Fire, Blue Lov, Royal Garden
Blues, Frankie and Johnnie, Boogie Bop Blues[120]
(cd2, plage 11)). Lorsqu�il quitte le Duke en mars 1948, Oscar Pettiford est de
loin le soliste le plus int�ressant de l��poque, de m�me que Ray Brown est le
plus remarquable accompagnateur. En juillet 1949, il se casse un bras alors qu�il
joue au soft ball dans l��quipe de l�orchestre. Son cong� forc� de
plusieurs mois comporte certains c�t�s positifs. Il doit concevoir une nouvelle
approche de l�instrument ; s�il perd en virtuosit�, il gagne en revanche
en profondeur de sonorit�. D�autre part, c�est � cette �poque qu�il se met
s�rieusement � l��tude du violoncelle afin d�obtenir une tessiture plus propice
au solo. D�s l�ann�e suivante, on peut entendre Pettiford au violoncelle dans
les enregistrements de Duke Ellington (Mean Ol� Choo Choo[121](cd2,
plage 12), Me and My Wig, How Blue Can You Get, Juke Bop
Boogie, Set�Em Up, The New Piano Roll Blues)[122].
La participation du violoncelle y est abondante, Pettiford improvisant
continuellement. En outre, la pr�sence suppl�mentaire du contrebassiste, et
cousin du c�l�bre Jimmy Blanton, Wendell Marshall permet � Pettiford de ne pas
se pr�occuper de son r�le habituel d�accompagnateur. Pour l�anecdote, Wendell
Marshall a la double chance de succ�der � son cousin dans l�orchestre de Duke
Ellington et de jouer sur uninstrument que
ce m�me cousin lui aurait c�d�. Au m�me moment, Pettiford enregistre avec son
quartette � qui ressemble �trangement � la section rythmique d�Ellington :
Duke Ellington (p), Oscar Pettiford (cello), Lloyd Trotman (b), Jo Jones (dm) �
et en profite pour jouer quelques unes de ses compositions, comme Oscalypso[123]
(cd2, plage 13).
On retrouve dans l�ensemble des solos de Pettiford des
caract�ristiques qui font ressortir le g�nie de son esprit de soliste. Dans la
majorit� de ses solos (et de ses compositions), Pettiford rompt avec la carrure
classique de quatre mesures. Il se d�cale fr�quemment, ce qui cr�e un effet
d�routant. Pettiford est, comme tous les grands solistes de be-bop, avide de
ces jeux rythmiques � l�int�rieur d�une structure rigide.Dans la version en concert de Perdido en
mars 1953 avec Duke Ellington, il joue le th�me d�cal� en effet d��cho avec
l�orchestre. Hormis dans ses solos, on retrouve ces d�calages dans les phrases
d�introduction des morceaux It�s Mad, Mad, Mad[124]
(cd2, plage 14) et Hy�a
Sue[125]
(cd2, plage 15) d�Ellington. Les compositions de Duke Ellington sont, en effet,
fr�quemment introduites par le tandem piano/contrebasse. En g�n�ral, Pettiford
intercale des phrases m�lodiques entre les accords d�Ellington. C�est le cas dansI Fell and Broke My
Heart[126](cd2, plage 16),You�re Just an Old Antidisestablishmentarianismist[127]
(cd2, plage 17), You
Gotta Crawl Before You Walk[128]
(cd2, plage 18). De m�me, Ellington fait souvent appels �
Pettiford pour les fins de morceaux. Une phrase conclusive � la contrebasse
soulign�e de notes tenues par les vents r�sume la fin de nombreuses
performances d�Ellington pendant cette p�riode � �couter Ouverture To a Jam
Session[129]
(cd2, plage 19), You�re
Just an Old Antidisestablishmentarianismist (cd2, plage 20), Boogie Bop Blues (cd2,
plage 21). Dans Happy-Go-Lucky
Local[130]
(cd2, plage 22), le morceau se termine par une succession de phrases jou�es par
Pettiford, auxquelles r�pond l�orchestre. Hy�a Sue
(cd2, plage 23)se termine par une phrase de contrebasse seule, dans
laquelle l�intensit�, la fr�quence et la densit� des notes vont en diminuant
(preuve que c�est une phrase conclusive).
Harmoniquement, Pettiford �vite la pro�minence de
fondamentales qui provoqueraient un effet de lourdeur. Rares sont les phrases
qui arrivent sur un repos vraiment conclusif. Ce proc�d� est une
innovationpar rapport � Blanton qui se
repose beaucoup sur les notes principales (I et V). Par contre, l�utilisation
assez fr�quente des blue notes[131]
dont il fait preuve, est un point commun avec Blanton � utilisation frappante
dans les solos (Don�t Squawk, cf partition dans les annexes) et dans ses
compositions (Bohemia after Dark, cf partition dans les annexes). Du
point de vue technique, ses cordes sont tr�s pr�s de la touche et la corde de sol
est sous-tendue. Ceci entra�ne un frisage sur l��b�ne. Le timbre r�sultant peut
�tre qualifi� d�� impur �, ou tout au moins typique de la musique
africaine. Toutes ces particularit�s se retrouvent, par exemple dans le solo de
Pettiford de The
Man I Love[132]
(cd2, plage 24), enregistr� avec Coleman Hawkins en 1943.
Dans tous ses solos, la virtuosit� est pr�sente, mais est
bien au service de la musique et non d�monstrative. On peut affirmer qu�il a
creus� le travail lanc� par Blanton sur l�aspect m�lodique de la contrebasse,
tout en faisant preuve d�une musicalit� omnipr�sente comme le signale Alain
Gerber : � Nul mieux que lui ne sait faire chanter l�instrument ou
lui faire "raconter une histoire" avec ses chapitres, ses
articulations, son suspens, sa chute, ses pleins et ses d�li�s. �[133]
Ainsi peut-on r�sumer l��num�ration des premiers solos et
des premiers solistes de l�histoire de la contrebasse jazz. Mis � part dans
l�orchestre de Duke Ellington, les formations les plus propices � l��closion de
solos de contrebasse sont les petites formations, et, plus particuli�rement,
les trios. C�est la raison pour laquelle le paragraphe suivant est consacr� �
la singularit� de la place de la contrebasse dans la musique de trio.4.2. Le trio et la
nouvelle place accord�e � la basse
Le nombre de musiciens inclus dans une formation est un
facteur dont d�pend in�vitablement le r�le du contrebassiste. En terme de proportion
(concernant le volume sonore ou le nombre de voix diff�rentes), l�importance
attribu�e � un musicien inclus dans une grande formation est moindre par
rapport � celle conf�r�e au m�me musicien dans une formation plus petite. En
terme de responsabilit�, celle-ci cro�t lorsque le nombre de musciens diminue,
sauf, justement, pour le batteur et le bassiste. Il est vrai que la grande
formation impose au contrebassiste plus de pr�cision et le restreint face aux
choix des notes qu�il utilise. Dans une formation type big band, le
bassiste doit �tre tr�s prudent dans la construction de ses lignes de basse s�il
ne veut pas perturber l�orchestre. En effet, un grand nombre de musiciens
n�cessite une musique plus codifi�e et plus organis�e ; et donc plus de
param�tres fix�s d�s le d�part dont les musiciens doivent tenir compte. D�autre
part, une grande partie du r�le tenu par le bassiste se r�sume par le soutien
harmonique et rythmique. � l�inverse, le trio repousse les contraintes impos�es
par un grand orchestre et laisse plus de libert� au contrebassiste qui peut appr�hender
une nouvelle fa�on de jouer.
D�s 1880, les �tats-Unis accueillent une majorit� de grandes
formations, telles que les orchestres de danse de la fin du XIXe si�cle,
les brass bands de La Nouvelle-Orl�ans ou les big bands qui
dominent la p�riode swing. Bien que la proportions de grandes formations soit
plus importante avant 1940 qu�apr�s, les petites formations telles que les
trios sont exploit�es depuis les d�buts et n�ont jamais cess� de l��tre jusqu��
nos jours. En effet, une multitude de musiciens de jazz de toutes les �poques
se sont exprim�s dans ce format, de Jelly Roll Morton � Brad Mehldau en passant
par Duke Ellington. La formule la plus courante regroupe un pianiste, un
bassiste et un batteur, mais on rencontre aussi les associations
suivantes : piano/ guitare/ basse (chez Nat King Cole, Art Tatum, Ahmad
Jamal, Oscar Peterson�), ou encore piano/ clarinette/ batterie (chez Jelly Roll
Morton).) Il existe une grande diff�rence dans la mani�re de traiter cette
formation. Dans la majorit� des cas, elle aboutit � un enrichissement
consid�rable concernant le jeu du contrebassiste.
Un des premiers trios qui va influencer la plupart des
suivants est celui du chanteur et pianiste Nat King Cole, qui forme en 1939 les
King Cole�s Swingsters avec Oscar Moore (g) et Wesley Prince (b). Cette
formule, fond�e sur l�habile entrelacement piano-guitare, influence des
pianistes comme Art Tatum, Oscar Peterson ou Ahmad Jamal, qui tenteront
d�adopter cette formule avant de substituer la batterie � la guitare. En effet,
en 1943, Tatum imite King Cole et cr�e un trio avec Tiny Grimes (g) et Slam
Stewart (b). Oscar Peterson fait de m�me de 1951 jusqu�en 1958, date � laquelle
il se d�cide d�finitivement pour la formule piano/contrebasse/batterie avec la
merveilleuse rythmique que lui offre Ray Brown (b) et Ed Thigpen (dm).Au sein de ce trio d�exception, la contrebasse
passe sur le m�me plan qu�Oscar Peterson (p). Ses lignes de basse sont d�une
beaut� m�lodique si exceptionnelle qu�elles donnent l�impression que la
contrebasse raconte une histoire au lieu de ne faire qu�accompagner en fournissant
les mat�riaux de r�f�rence indispensables au soliste. Scott LaFaro dialoguera
aussi avec les membres du trio de Bill Evans, mais � la diff�rence suivante :
Ray Brown garde une mani�re assez traditionnelle de s�exprimer, alors que
LaFaro se permet d�abandonner r�guli�rement le walking et les
fondamentales pour fournir un jeu encore plus m�lodique. Le nombre r�duit des
membres de cette formation exige une perfection et une pr�cision certaines dans
l�ex�cution des morceaux. La s�ret� rythmique de Ray Brown trouve, selon lui,
son origine dans l�exp�rience que lui a apport�e le trio de Peterson avec
guitare. Il explique que le fait de ne pas reposer sur un batteur lui a donn�
� confiance en [son] tempo �[134].
D�autre part, une des particularit�s du couple Ray Brown / Ed Thigpen est
d��tre en totale communion. Leurs sons respectifs s�unissent parfaitement,
comme si la batterie et la contrebasse n��taient jou�es que par une seule
personne. Cette performance trouve son origine dans le travail du tempo, qu�ils
ont effectu� ensemble de fa�on quotidienne et pendant quinze ans (de 1951 �
1966). Ed Thigpen raconte :
� Quand je suis entr� pour la premi�re fois dans le
groupe � raconte Ed � Ray me dit "OK, nous allons travailler le
tempo, seulement tous les deux." Et nous l�avons fait. Je m�imaginais que
cela durerait une semaine environ. Eh bien un an plus tard, nous �tions
toujours en train de travailler le tempo. Nous nous r�veillions le matin et
nous travaillions le tempo. Nous nous exercions en am�liorant les dynamiques,
les tempos, tout en chantant les th�mes pendant que nous jouions. �[135]Une des plus belles
illustrations de ce trio se trouve, � notre sens, dans l�album � We Get
Requests �[136].
Mais il ne repr�sente Bien s�r qu�un �chantillon de la beaut� propos�e dans le
large r�pertoire de ce trio exceptionnel.
Un autre trio d�exception a beaucoup contribu� �
l��mancipation de la contrebasse (entre autres) : c'est celui qui associe le
pianiste Ahmad Jamal au contrebassiste Israel Crosby et au batteur Vernell Fournier.
� l�int�rieur de ce trio, Ahmad Jamal a fait na�tre une nouvelle conception de
la section rythmique. En laissant une grande place � ses partenaires, il fait
en sorte que chacun dispose de l�espace n�cessaire � son bien-�tre. Il lui
arrive souvent de laisser la rythmique seule ou de ne plaquer que quelques
accords discrets pendant un long moment. La rythmique n�est plus seulement
pr�sente pour soutenir les solistes ou pour leur servir de r�f�rence. Elle
passe au premier plan sans pour autant devenir soliste. Les fonctions du
bassiste ne sont pas modifi�es, au contraire, ce dernier a encore plus de
responsabilit� dans le soutien rythmique et harmonique du fait de sa place tr�s
en avant dans la formation. Il doit �tre encore plus clair, pr�cis et
irr�prochable. Tout en remplissant rigoureusement cette t�che, le nombre r�duit
des musiciens exige de lui une diversit�, un raffinement et une imagination
in�puisable. Toutes ces qualit�s propres � la musique de trio se retrouvent
chez Ray Brown dans le trio d�Oscar Peterson ou chez Sam Jones dans le trio de
Bobby Timmons. Mais il est vrai qu�Ahmad Jamal laisse un espace
particuli�rement important � ses partenaires par rapport aux autres trios.
La contrebasse a une position diff�rente dans les trios et
dans les grandes formations. Dans une formation restreinte, elle a la
possibilit� de montrer toutes les beaut�s de son jeu. L��mancipation du trio de
jazz pousse les contrebassistes � d�velopper les richesses harmoniques de leurs
lignes, la beaut� de leur son, la pr�cision de leur assise rythmique, et la
clart� de leur �nonc� harmonique. La musique de trio joue donc un r�le
important dans l��panouissement du r�le de la contrebasse en lui proposant un
espace encore jamais all�gu� au contrebassiste, ce dernier pouvant y d�velopper
toute l�ampleur de ses capacit�s. Le prochain paragraphe est r�serv� au trio
qui fut r�volutionnaire quant � l�expression et le d�veloppement des id�es de
son contrebassiste : le trio de Bill Evans.4.3. L�apport du trio
de Bill Evans � Scott LaFaro
Plus que la r�volution provoqu�e par Scott LaFaro dans l�histoire
de la contrebasse, le trio entier dans lequel il se trouve a propos� des
conceptions tout � fait nouvelles � la musique de jazz. Les innovations
apport�es autant par Bill Evans que par Paul Motian (longtemps consid�r� � tort
comme le faire-valoir des deux autres) dans leur instrument respectif, repr�sentent
une conflagration aussi importante que la r�volution men�e par LaFaro. Ainsi,
la maturation de la contrebasse de LaFaro a �t� possible gr�ce �
l�environnement �tabli par ses deux partenaires. C�est pour cette raison que
l�on peut associer � Bill Evans l�orientation tout � fait nouvelle propos�e par
la majorit� des bassistes ayant appartenu � son trio, que ce soient Scott LaFaro,
Chuck Israels ou Eddie Gomez. � l�inverse, les conceptions anti-conformistes
qu�avaient Bill Evans et Paul Motian de leur instrument ont pu �tre expos�es car
elles correspondaient parfaitement au jeu de LaFaro et � ses id�es. On peut m�me
dire qu�il faisait plus que correspondre � leur jeu, il exer�ait une
� influence vivifiante � et � poussait [�] Bill Evans dans de
nouvelles directions �[137]
(pour reprendre les termes employ�s par Paul Motian).
Ainsi, la sobri�t� et le jeu tr�s �pur� de Bill Evans, que
l�on constate dans son utilisation impressionniste des blocks chords,
laisse davantage de place � LaFaro et lui permet de dialoguer avec ce dernier. De
son c�t�, Paul Motian utilise beaucoup moins la caisse claire et cible son jeu
sur les cymbales : le r�sultat correspond � un jeu plus l�ger. L�utilisation
des balais sur la totalit� de l�album r�alis� au � Village Vanguard �
t�moigne de cette recherche de l�g�ret�. En outre, son sens polyrythmique et sa
finesse offrent un cadre id�al pour que la basse se lib�re du four-to-the-bar,
le walking, � la noire. Cette libert� acquise m�ne LaFaro � exploiter un
langage plus m�lodique, comprenant de nombreuses interventions qui r�pondent le
plus souvent aux phrases de Bill Evans ou � celles de Paul Motian. Il se cr�e
donc un dialogue perp�tuel entre les trois musiciens. Ces derniers ne se
limitent pas � la fonction initiale li�e � leur instrument, et prennent chacun
leur tour (ou simultan�ment) le r�le de soliste ou d�accompagnateur. Ils
peuvent aussi assurer la fonction d�accompagnateur tout en r�alisant des motifs
m�lodiques plut�t caract�ristiques d�une partie soliste. Le tempo est le plus
souvent sugg�r� mais avec une tr�s grande conscience harmonique. � Le plus
merveilleux � dira Bill Evans , � �tait que lui [LaFaro], Paul
Motian et moi-m�me nous sommes mis d�accord sans un mot sur le type de libert�
et de responsabilit� que nous devions apporter � cette musique, pour la
d�velopper comme nous le d�sirions sans aucune restriction r�pressive. �[138]
La particularit� du trio de Bill Evans r�side aussi dans
l��quilibre mis en place entre les trois musiciens. Dans les trios pr�c�dents
du m�me type, comme celui d�Art Tatum, de Nat King Cole et d�Oscar Peterson, la
partie du pianiste reste dominante. Ce n�est pas le cas dans la collaboration
entre Evans, LaFaro et Motian. Dans My Romance[139]
(cd2, plage 25), la position au premier plan sonore de LaFaro est flagrante et
pourrait m�me para�tre choquante aux personnes qui consid�reraient la
contrebasse comme simple accompagnatrice. En effet, Scott LaFaro intervient
pendant l�exposition du th�me assez fr�quemment et n�h�site pas � glisser des
motifs m�lodiques assez fournis pendant le solo de piano. Le trio post-LaFaro
continua � chercher cet �quilibre entre les trois musiciens mais, malgr� les
contributions de Chuck Israels, Gary Peacock, Eddie Gomez, Marc Johnson (b), Larry
Bunker, Marty Morell, Elliot Zigmund et Joe La Barbera (d), musiciens dot�s
d�une grande facilit� technique et d�un fabuleux swing, le piano reste
pr�pond�rant.
A la mort de Scott LaFaro, Bill Evans est d�sempar�. En
parlant de son exp�rience avec Scott LaFaro, il raconte : � Ce fut
merveilleux. Ce ne fut d�ailleurs pas seulement une exp�rience musicale. Scott
�tait une des personnes les plus vivantes que j�ai connues. Il fut toujours
pour moi une source d�inspiration. �[140]
Les affinit�s humaines et musicales qu�il entretenait avec LaFaro sont si
fortes qu�il ne pense pas pouvoir retrouver une magie semblable � celle qu�il
commen�ait � peine � cr�er avec le trio en question. De ce fait, il s�arr�te de
jouer un moment avant d�essayer � nouveau plusieurs rythmiques. Mais, malgr�
les grandes qualit�s des sections rythmiques qui d�filent au sein du trio pendant
l�ann�e 1962 (les contrebassistes Teddy Kotick, Chuck Israels, Percy Heath, Ron
Carter et Monty Budwig ; et les batteurs Paul Motian, Shelly Manne, Philly
Joe Jones et Larry Bunker), la magie ne r�appara�t pas aux yeux de Bill Evans.
4.4. Innovations
�tablies par Scott LaFaro
Le jeu de LaFaro est r�volutionnaire en ce qui concerne la
virtuosit�, les techniques de jeu, l�ampleur de l�ambitus, l��largissement de
la conception harmonique, le son, la mani�re d�aborder l�accompagnement, la
place du contrebassiste dans le groupe et donc le r�le du contrebassiste.
Un des aspects caract�ristiques de Scott LaFaro a trait � la
dext�rit� exacerb�e qu�il pratique, gr�ce entre autres au rapprochement
des cordes par rapport � la touche, ce qui lui permet une v�locit�
manifestement accrue[141].
Le contrebassiste Jim Atlas, qui allait �couter LaFaro tous les soirs quand il
se produisait � Chicago, rapporte son �tonnement � propos de la v�locit� de
LaFaro : � Jamais nous n�avions entendu cela � la basse. Il jouait
des th�mes de Charlie Parker au tempo ! �[142]
Sa rapidit� d�ex�cution n�est jamais utilis�e au d�triment des harmonies. Elle
est au service de ses id�es et de ses conceptions musicales. Elle proviendrait,
selon Charlie Haden, de l�exp�rience de LaFaro en tant que saxophoniste t�nor :� Scott LaFaro est � l�origine
d�un type de jeu v�loce aux antipodes du mien. Nous �tions des amis tr�s
proches et avons partag� le m�me appartement � une �poque. J�ai donc pu
l�entendre travailler et je pense qu�il y a un malentendu � son propos: s�il a
mis au point ce style, c�est qu�il avait jou� du t�nor avant de se mettre � lacontrebasse. Il entendait l�improvisation � la fa�on
d�un saxophoniste. Son idole �tait Sonny Rollins: il transposait ses solos et
s�entra�nait � les jouer sans rel�che. Sa technique s�est d�velopp�e dans le
but de pouvoir produire les phrases qu�il entendait dans sa t�te. Par contre,
la plupart des gens qui lui ont embo�t� le pas n�ont vu que l�aspect technique
et sont pass�s � c�t� de ce qu�il cherchait � exprimer, du processus cr�atif
qui �tait � l��uvre chez lui: il ne jouait pas vite pour le plaisir de jouer
vite. �[143]
Cette virtuosit� est visible � travers les diff�rentes
techniques de jeu utilis�es par Scott LaFaro, peu fr�quentes dans le jeu des
contrebassistes jusque-l�. On remarque, par exemple que LaFaro utilise assez
fr�quemment les notes harmoniques (dans Some Other Time[144]
notamment) ainsi que les accords de deux sons comprenant, outre la
fondamentale, soit la quinte soit la dixi�me (la version de My Foolish Heart[145]
(cd2, plage 26) en poss�de beaucoup).
Scott LaFaro s�approprie rapidement toute la tessiture
propos�e par l�instrument (et m�me plus avec l�emploi des harmoniques) et
navigue tout au long de son manche, alternant des passages plut�t aigu�s au
d�but des solos piano, ou graves lorsqu�il effectue des p�dales (comme � la fin
du solo de piano dans My
Romance) et utilisant un ambitus
tr�s large pendant ses propres solos.
Harmoniquement, LaFaro aspire au progressisme, mais se
refuse cependant � faire table rase de l�h�ritage harmonique � contrairement
aux tenants du free-jazz, qui rejettent ce dernier, exer�ant souvent sur des
bases spontan�istes. Au rejet pur et simple, LaFaro pr�f�re l��largissement.
Celui-ci se fait par un d�conditionnement des r�flexes h�rit�s de l�harmonie
tonale, en passant par un travail th�orique relevant d�une patiente discipline et
non de clameurs spontan�es. L��mancipation harmonique amen�e par LaFaro
ressort, par exemple, lors de l�utilisation fr�quente d�accords de substitution
et d�accords anticip�s. Bill Evans insiste d�ailleurs sur l�excellente oreille
de Scott LaFaro et sa capacit� � entendre et m�me deviner toutes les substitutions
d�accords : � Scott �tait simplement incroyable quand il s�agissait
de deviner quelle serait votre prochaine pens�e. Je me demandais
toujours : comment a-t-il su que j�irais l� ? �[146].
Le fait de jouer dans l�aigu de son instrument lui donne la possibilit� de
faire sonner des notes qui sembleraient �trang�res si elles �taient jou�es dans
le grave. Ainsi, le nouveau mat�riau harmonique s�int�gre parfaitement dans la
musique, sans donner l�impression d�une rupture brutale avec ce qui avait �t�
fait auparavant.
Les d�couvertes de LaFaro concernent aussi le son. Il a
supprim� le besoin d�avoir un gros son continuellement, comme le proposait la
tradition. Il a cherch� � jouer avec plus de nuances, comme le faisaient d�j�
les autres instruments. Il pouvait aussi, selon les propos de Charlie Haden,
avoir un son tr�s large capable de soutenir un orchestre entier. Mais la
plupart du temps, c�est lui qui demandait � ses partenaires de jouer plus piano,
afin qu�il puisse utiliser le plus de palettes sonores diff�rentes sans subir
les inconv�nients li�s au volume de son instrument.
Sa mani�re d�accompagner rompt totalement avec
l�accompagnement de la majorit� de ses pr�d�cesseurs. Il avait acquis sur
l�instrument une fluidit� qui lui permettait d�abandonner partiellement la walking
bass et de phraser comme un instrument � vent. Il d�finit ainsi la
conception qu�il a au sein du trio de Bill Evans : �Nous
commen�ons juste � trouver notre voie. Vous ne l�entendiez pas beaucoup sur
notre premier album, sauf un peu dans Blue In Green[147](cd2, plage 27), o� personne ne joue le temps tel quel.
Bill improvise des m�lodies, je trace des phrases musicales derri�re lui, et
Paul rythme tr�s librement. �[148]
Il intervient donc rythmiquement et m�lodiquement en ponctuant le discours, en
r�pondant au pianiste ou au batteur, ou encore en les interrompant. Le
contrebassiste Richard Davis utilise la m�taphore de la conversation pour
caract�riser ce processus d�interventions: � �a arrive souvent dans le
jazz, c�est comme une conversation et un gars cr�e un motif m�lodique ou
rythmique et l�orchestre le reprend. C�est comme te dire que tout le monde
parle de la m�me chose. �[149]Bill Evans donne une priorit� � cette communication entre les membres du
trio, par rapport au soutien rythmique et harmonique impos� habituellement � la
section rythmique : � Je souhaite que ce trio aille dans la direction
de l�improvisation spontan�e. Si le bassiste, par exemple, entend une id�e �
laquelle il veut r�pondre, pourquoi devrait-il tenir le tempo derri�re ? �[150]
LaFaro d�veloppe donc une technique de contrepoint
improvis�, dont les premi�res apparitions se trouvent dans les versions d�Autumn Leaves[151]
(surtout pendant le solo de contrebasse et le dernier chorus de piano ;
cd2, plage 28) ou de Blue
in Green, deux morceaux d�anthologie. Ce contrepoint est fond� sur
l�utilisation de motifs, le plus souvent imitatifs. Selon les cas, ces motifs
peuvent constituer une seconde m�lodie ou un riff, ou bien ils peuvent se
trouver dans une relation de question / r�ponse. Ainsi, le principe du walking
prend une dimension tout � fait nouvelle. Dans My Romance,
le contrebassiste ne joue en walking que sur le dernier chorus du solo
piano et l�utilise donc pour marquer l�aboutissement du solo de piano et le
passage � celui de contrebasse. � part quelques passages exceptionnelscomme celui-ci, Scott LaFaro n�accompagne pas en marquant des battements
r�guliers sur tous les temps. Il d�veloppe au contraire un jeu rythmique
perp�tuel derri�re le soliste. M�me si parfois, la walking bass semble
�tre pr�sente, tel que dans le solo de piano de All of You[152]
(cd2, plage 29), elle est en r�alit� sans cesse bris�e par certaines notes sous-entendues
et d�autres anticip�es ou retard�es.
Malgr� les nombreuses interventions m�lodiques et l�abandon de
la walking bass continuelle, la clart� de la grille ressort tr�s
clairement gr�ce � sa tr�s grande connaissance harmonique. Il en est de m�me
pour le tempo : en d�pit de la libert� rythmique qu�il prend, il garde
parfaitement le tempo en lui. En d�autres termes,son jeu contrapuntique
lib�re la basse des contingences du walking sans en renier les r�les
harmonique, rythmique et m�lodique.
Les nombreuses interventions de LaFaro le placent en avant
dans le trio, et lui octroient une position qui est inhabituelle pour un
bassiste. Il (contre)chante d��gal � �gal avec le pianiste et remet ainsi en
cause la place attribu�e jusque-l� � chaque membre d�un trio. Une belle
illustration en est donn�e par la version de Solar[153]
(cd2, plage 30) par le trio de Bill Evans. Lors du solo de piano, il
abandonne parfois sa fonction de strict accompagnateur comme, par exemple,
lorsqu�il joue le th�me pendant le chorus de piano. Tout au long du morceau, il
se met litt�ralement sur le m�me plan que le pianiste. Cet art de l��quilibre
est un des buts recherch�s par Scott LaFaro, et qu�il met r�ellement en place
au sein du trio de Bill Evans.
4.5. Scott LaFaro hors
du trio de Bill Evans
Avant sa rencontre avec Bill Evans, sa facilit� � lier
connaissance et � trouver des contrats permet � Scott LaFaro de rencontrer un
grand nombre d�excellents musiciens et, ainsi, de partager des exp�riences tr�s
enrichissantes. Avec du recul, on per�oit une �volution de son jeu au sein de
ces diff�rentes formations, � l�int�rieur desquelles il met en place tout le
mat�riau qu�il utilisera dans le trio de Bill Evans.
Ses premiers contrats arrivent pendant l�ann�e 1957. Il
semble qu�il ait jou� avec Monk, mais seuls les t�moignages de Chuck Israels concernant
les carnets de LaFaro[154]
nous permettent de le penser. Il participe � toute une s�rie de concerts avec
Chet Baker pendant le printemps 1957, mais les d�m�l�s de Chet Baker avec la
justice vont interrompre brutalement l�existence du quartette. Il ne subsiste
malheureusement aucune trace sonore de ce groupe avec LaFaro � la contrebasse.
LaFaro enregistre ensuite avec Buddy De Franco. Sur cet album, on entend que le
contrebassiste ma�trise parfaitement le walking sur une tessiture
�tendue. Ses choruses ne sont pas encore mythiques, mais LaFaro ose quelques double
stops[155]
et des accentuations en triolets qu�il d�veloppera par la suite. Lors de ses
repr�sentations et enregistrements avec le pianiste Pat Moran en d�cembre 1958,
on sent que les id�es, la technique et l��nergie sont d�j� bien pr�sentes. Si
l�intonation montre parfois des faiblesses, cela se justifie par les risques qu�il
ne cesse de prendre. Malgr� cela, � vingt-et-un ans, Scott LaFaro n�a aucun
rival et confirme ce qu�avait pr�dit Red Mitchell sur la pochette de son album
� Presenting Red Mitchell � en d�cembre 1957 : � Scotty va
rapidement devenir l�un des meilleurs �.
C�est au sein du trio de Victor Feldman de d�cembre 1957 �
d�cembre 1958, que l�on voit appara�tre les pr�mices du contrepoint improvis�
qu�il pratique naturellement dans le trio de Bill Evans. Le style walking
est exprim� ici au plus haut degr�. Toutefois, il se d�marque de temps en temps
du time keeping (jeu m�tronomique � la noire) pour souligner une syncope
et le swing du batteur. Ses interventions rythmiques, brisant la continuit� du walking,
sont souvent d�riv�es de formules propres � la batterie. Lors de son solo sur S�Posin[156](cd2, plage 31 ; cf. partition dans les annexes), les
substitutions et les traits rapides sont fr�quents. On note aussi l�utilisation
de phrases be-bop et l��tendue du registre.
En 1960, le disque qui na�t de sa collaboration avec le
jeune trompettiste Booker Little est une pure r�ussite et Who I Can Turn
To ?[157]
(cd2, plage 32) qui le conclut est historique. Scott LaFaro y introduit
progressivement des motifs m�lodiques de toute beaut�. On peut affirmer que le contrepoint
improvis� et le dialogue du bassiste et du soliste na�t ici. Le lendemain, LaFaro
participe � une autre exp�rience extraordinaire : Ornette Coleman r�unit
deux quartettes pour une longue suite ininterrompue d�improvisation collective.
Cet enregistrement est consid�r� aujourd�hui comme le premier disque de free-jazz.
Les deux quartettes qui se font face se constituent ainsi : Ornette Coleman
(as) / Scott LaFaro (b) / Don Cherry (ptp) / Billy Higgins (dm) d�un
c�t� ; et Eric Dolphy (bcl) / Freddie Hubbard (tp) / Charlie Haden (b) / Ed
Blackwell (dm) de l�autre. La violence, la puissance physique de certaines
interventions provoquent un malaise. Bien s�r, lorsque dans ces trente-sept
minutes de fureur les cuivres se taisent pour laisser dialoguer les
contrebasses, ce havre de paix appara�t comme la plage la plus int�ressante. Cette
exp�rience permet � LaFaro de se d�barrasser des derniers clich�s qui ne lui
sont pas propres et d�exposer enfin sa conception personnelle, qui est tout �
fait novatrice � l��poque : naviguer sur le temps et dans l�harmonie en
cr�ant, ou en participant aux climats �voqu�s par le soliste avec la facilit�
du dialogue.
Le 21 f�vrier 1961, Scott LaFaro enregistre avec Stan Getz,
Pete La Roca et Steve Kuhn l�album � Stan the Man �[158]. La formation aura plusieurs engagements �
Chicago et participera au Festival de Newport en juillet (Roy Haynes rempla�ant
La Roca). Il enregistre en avril 1961 avec Don Friedman quatre morceaux tr�s
�tonnants. Les solos de LaFaro sont d�une brutale simplicit�, avec des glissandos
comme des cris. Etrangement, il sonne hors contexte au pr�s d�un Don Friedman be-bop,
et d�un Pete La Roca qui ne le suit pas non plus. Seul On Green Dolphin�
Street manifeste le jeu en contrepoint de Scott, avec bonheur. C�est le
dernier enregistrement qu�il effectue hors du trio de Bill Evans.
Au sein des diff�rentes formations (hormis celle
d�Evans)qui l�ont accueilli, on
distingue l��volution extraordinairement rapide de LaFaro. Sa ma�trise
instrumentale se perfectionne avec Chet Baker, Buddy de Franco et Pat Moran. Le
contrepoint qui le caract�rise se met graduellement au point chez Victor
Feldman, pour acqu�rir une habilet� admirable chez Booker Little. Celle-ci
conna�t son entier aboutissement et sa plus forte raison d��tre dans le trio de
Bill Evans, dans lequel il joue, parall�lement � ses interventions dans le
quartette d�Ornette Coleman ou dans celui de Stan Getz.4.6. Aboutissement des
recherches amorc�es par Blanton
La r�volution men�e par Scott LaFaro peut �tre per�ue comme
le second grand bouleversement ayant eu lieu dans le monde de la contrebasse jazz,
le premier �tant conduit par Jimmy Blanton autour de 1940. Ces deux musiciens,
qui ont en commun d�avoir su r�v�ler leur g�nie tr�s rapidement (Blanton meurt
� 24 ans, LaFaro � 25 ans), connaissent une diff�rence essentielle concernant
les conditions musicales dans lesquelles ils ont d�velopp� leurs id�es.
Effectivement, la grande formation de Duke Ellington ne propose pas le m�me
contexte musical que le trio de Bill Evans, et un bassiste ne peut jouer de la
m�me mani�re dans un orchestre d�une quinzaine de musiciens et dans une
formation de trois musiciens. On ne peut donc pas les mettre exactement sur la
m�me lign�e, mais il existe assez d�aspects abord�s par Blanton d�velopp�s par
LaFaro pour consid�rer que le second est l�h�ritier du premier.
Quelles que soient les diff�rences qui s�parent le contexte
musical (et social, il ne faut pas oublier que l�un est noir et l�autre blanc)
des deux musiciens, l��volution de chacun vient de leurs racines et celle de LaFaro
ne peut ignorer les �l�ments apport�s par Blanton. Tout musicien un tant soit
peu curieux et respectueux s�int�resse � ce qu�il y a eu avant lui, et
construit son propre travail � partir de ce que les gens ont d�j� fait, que ce
soit pour le d�velopper ou pour le rejeter. Ray Brown affirme �tre � parti
de Jimmy Blanton �[159].
Il est �vident que LaFaro a subi l�influence de Ray Brown, celui-ci dominant la
post�rit� de la basse jusqu�au milieu des ann�es 1950. De fa�on directe (en
�coutant des disques de Jimmy Blanton) ou de fa�on indirecte (en �coutant des
bassistes plus modernes comme Ray Brown), LaFaro a forc�ment �t� influenc� par
Jimmy Blanton.
Entre Blanton et LaFaro, il existe indubitablement des
affinit�s tr�s proches. La particularit� la plus marquante reliant ces deux
prodiges se trouve dans la mani�re d�aborder les solos. Ils con�oivent un solo
comme le ferait un saxophoniste ou un trompettiste, alors que les contemporains
de LaFaro, tels que Paul Chambers ou Charles Mingus (deux hommes pour lesquels
il �prouve une grande admiration) regardent les choses en tant que
contrebassistes. On retrouve souvent dans les solos de LaFaro (dont l�idole
�tait Sonny Rollins) des mont�es en tierces ainsi qu�une multitude de phrases
qui pourraient tr�s bien �tre jou�es par un pianiste ou un saxophoniste post-bop.
Un autre aspect du travail �difi� successivement par Blanton
et LaFaro est �voqu� par Alain Tercinet dans Jazz West Coast[160].
Tout au long de son ouvrage, il fait ressortir tous les bienfaits du jazz jou�
sur la c�te ouest des �tats-Unis et pr�cise avec pertinence l�importante
pr�sence des bassistes les plus r�v�lateurs sur ce versant des Etats-Unis. Effectivement,
Jimmy Blanton, dont le jeu contenait en germe toute la basse moderne, y a pass�
les derniers moments de son existence et y aainsilaiss� en
h�ritage l�embryon d�une conception plus affin�e de l�instrument, voyant son
c�t� rythmique doubl� d�un aspect m�lodique. Cette direction sera poursuivie
par un autre musicien install� sur la c�te ouest (bien que n� � New
York) : Red Mitchell. C�est dans le quartette de Gerry Mulligan, en 1954,
qu�il renonce � la walking bass, � l�oppos� de son confr�re Leroy
Vinnegar, et d�voile des lignes de basse qui ne sont en rien diff�rentes de
celles d�un instrument soliste. Ralph Pena, Monty Budwig et Joe Mondragon
adopteront une semblable d�marche, sans atteindre le degr� de perfection et
d�imagination de leur mod�le. De dignes successeurs de ce mouvement se trouvent
�galement sur la c�te ouest : il s�agit justement de Scott LaFaro (sur les
lieux avec la formation de Chet Baker � partir de 1956), Gary Peacock et
Charlie Haden (qui appara�t en 1957 aux c�t�s de Art Pepper).
Les nombreux apprentissages californiens de LaFaro en
compagnie de Larance Marable, Stan Getz, Cal Tjader, Vic Feldman et Herb
Geller, ainsi que la pr�sence des principaux pr�curseurs de LaFaro sur la c�te
ouest nous sugg�rent la place primordiale que le jazz West Coast para�t
tenir dans l�histoire de la contrebasse jazz.
Apr�s avoir pris conscience de l�h�ritage sur lequel LaFaro
a b�ti son �uvre, il est int�ressant de s�int�resser � l�influence qu�il a pu
avoir sur les contrebassistes qui lui sont post�rieurs et contemporains.
Jusqu�au milieu des ann�es 1950, la majorit� des
contrebassistes subit l�influence de Ray Brown. Le jazz aux Etats-Unis se
partage d�sormais entre la tendance jazz-cool pratiqu�e sur la c�te ouest et
l�attraction vers le free-jazz sur la c�te est. Les bassistes vont �galement se
s�parer en deux �coles, une blanche et l�autre noire. Ces propos permettent
d�avoir une vision globale des deux mouvements principaux, mais sont �videmment
� nuancer.
L��cole blanche, domin�e par
LaFaro, montre un penchant pour la virtuosit�, une inclination pour l�aigu et exp�rimente
une conception totalement m�lodique de la contrebasse. Le contrebassiste Red
Mitchell repr�sente les tendances de cette �cole et s��mancipe compl�tement au
sein du quartette de Gerry Mulligan (dans lequel l�absence de piano pose de
nouvelles responsabilit�s sur les �paules du contrebassiste). Les successeurs
directs de cette tendance sont, par exemple, Gary Peacock, Miroslav Vitous, Stanley
Clarke, Eddie Gomez, Jean-Fran�ois Jenny-Clarke, George Mraz, Niels Henning
Orsted Pedersen, John Patitucci, Larry Grenadier. De Chuck Israels � Marc
Johnson ou de Michel Donato � Eddie Gomez, les repr�sentants de � l��cole
LaFaro � ont souvent accompagn� Bill Evans.A l�inverse, l��cole noire privil�gie les
fonctions rythmiques de l�instrument (donc un respect pour la walking bass) ;
la profondeur du son acoustique (que les successeurs de LaFaro compenseront par
l�amplification) ; une volont� de ne pas aller trop loin dans la v�locit�
et l�exploration de l�aigu et donc de rester dans le grave avec un son court et
massif qui pr�serve le poids de la contrebasse. Charles Mingus, Leroy Vinnegar
(dont les solos sont syst�matiquement en walking et de toute beaut�),
Wilbur Ware, et Charlie Haden (l�exception blanche) en sont les principaux
repr�sentants. Parmi la g�n�ration suivante, la suite de ce mouvement est
incarn�e, entre autres, par Lewis Worrell, Henry Grimes, Ronnie Boykins, Bob
Hurst.
Bien s�r, certains contrebassistes
ne peuvent �tre associ�s � aucune des deux �coles. C�est le cas de Ron Carter
et Steve Swallow. D�une grande intensit� m�lodique, Ron Carter fait �galement
preuve d�un accompagnement carr� et solide, dont les conceptions rythmiques ont
influenc� toute une g�n�ration. De la m�me mani�re, sous une � �nergie
rythmique sereinement distill�e �, les improvisations de Steve Swallow
(que ce soit � la contrebasse ou � la basse �lectrique) sont d�une richesse
m�lodique inou�e.
L�influence de Scott LaFaro est
�videmment essentielle dans le monde des contrebassistes et d�passe le cadre
des repr�sentants de l��cole blanche. M�me si leurs objectifs musicaux
n��taient pas semblables, les contrebassistes qui appartiennent � l�autre �cole
se nourrissent pour beaucoup dans le jeu de Scott LaFaro. Son g�nie est reconnu
par tous : ses successeurs les plus proches (au niveau musical) comme les
autres.
Son influence est encore grandement
ressentie aujourd�hui chez les contrebassistes. Michel Benita, que l�on peut consid�rer
comme l�un des meilleurs contrebassistes de la sc�ne fran�aise, avoue que
depuis Scott LaFaro, � on n�a rien fait de plus, autant au niveau de la
virtuosit� qu�au niveau harmonique �. Il ajoute : � on a m�me
souvent r�gress� ! �[161]
L�impr�gnation qu�il laisse chez
les contrebassistes est d�autant plus surprenante que sa pr�sence sc�nique est
relativement courte. En effet, il ne commence � ma�triser son instrument qu�au
moment o� il est dipl�m� de l�universit� en 1954 : il a dix-huit ans. Il
se produit ensuite pendant six ans, ce qui lui suffit pour provoquer une
r�volution totale concernant le r�le de la contrebasse. On n�ose pas imaginer
tous les miracles qu�il aurait encore pu nous apporter si sa vie n�avait pas
�t� brutalement interrompue par un accident de voiture � l��ge de vingt-cinq
ans.
Conclusion
L��volution de la contrebasse
dans le jazz est le miroir de celle de l�histoire du jazz. Elles �voluent en
parall�le, privil�giant l�enrichissement harmonique, la virtuosit� et chassant
les banalisations apport�es par l�h�ritage.
Le parcours retra�ant l�histoire
de la contrebasse passe aussi par des �tapes similaires � celles travers�es par
la vie d�un �tre humain. Effectivement, l��volution de l�homme, telle qu�elle
est per�ue par Michel Serres dans Hominescence nous semble � rapprocher
de celle des contrebassistes. Comme l�homme, le contrebassiste cherche �
atteindre un id�al et travaille personnellement dans le but d�atteindre cet
objectif[162].
Comme l�homme, il s��largit au contact de son entourage et l�influence en
retour. Il s�adapte aux conditions techniques qu�il subit tout en cherchant �
les am�liorer. Enfin, les limites techniques disparues, il peut repousser
l�archa�sme et entrer en symbiose avec le monde. C�est un nouveau
contrebassiste, en perp�tuelle �coute et communication, d�tach� des difficult�s
techniques et libre d�exprimer la musicalit� qui lui est propre.
Depuis les premiers temps du
jazz, le soutien harmonique et m�lodique est confi�, dans des proportions plus
ou moins importantes, � la basse (sousaphone dans les brass bands ou
contrebasse), elle-m�mesoutenue par les
autres membres de la section rythmique. Ce soutien est exprim� tr�s simplement
dans les brass bands ou dans les orchestres de danse de La
Nouvelle-Orl�ans au d�but du XXe si�cle. Son r�le est clair,
efficace et se r�sume principalement par l�exposition des fondamentales sur les
temps forts (1er et 3�me temps). Cette simplification �
l�extr�me est une base sur laquelle les bassistes se fondent pour cr�er des
lignes vari�es. Plus que l�originalit� des choix harmoniques, c�est
l�efficacit� du soutien (mettant en jeu le placement des notes dans le temps,
la puissance donn�e aux lignes et le swing contenu dans l�impulsion du
bassiste) qui nous semble essentiel et m�ritant. L��volution du contexte
entra�ne la contrebasse vers un chemin plus complexe. Ainsi, l�av�nement de
l��re swing correspond au d�part des musiciens (n�o-orl�anais pour la plupart)
vers les villes industrielles telles que Chicago, puis New York. La musique qui
accompagnait les �v�nements de la vie quotidienne devient une musique de danse,
essentiellement jou�e dans les cabarets. Cela entra�ne la majorit� des
instruments � employer un phras� diff�rent, bas� sur l��nonc� de chaque temps
(forts et faibles). La contrebasse se met � marquer tous les temps accompagn�e
par la grosse caisse. Le vocabulaire harmonique est �largi. Les contrebassistes
exposent d�sormais toutes les notes de l�accord (g�n�ralement accord de triade)
et de la gamme correspondante. C�est �galement � cette �poque que la
contrebasse s�impose face au tuba, qui jusque-l� avait �t� pr�f�r� � la
contrebasse (au moins pendant les s�ances d�enregistrement) � cause de sa
puissance naturelle. Des contrebassistes tels que Pops Foster ou Wellman Braud
illustrent cette p�riode et deviendront des r�f�rences pour les g�n�rations
suivantes.
Les influences exerc�es par les
autres instrumentistes sur le contrebassiste sont importantes. En effet,
l�all�gement du jeu de la batterie procure un espace consid�rable � la
contrebasse et conditionne le jeu sur tous les temps. Le d�veloppement
harmonique aidant, la walking bass na�t. En ce qui concerne les
batteurs, l�all�gement est cr�� par le d�placement du c�ur de leur jeu vers la
cymbale. La walking bass se r�v�le donc intimement li�e au cha-ba-da,
figure basique de la batterie de jazz ex�cut�e par le batteur sur la cymbale ou
le charleston. Une affinit� entre basse et batterie s�av�re essentielle
dans une formation de jazz, le soutien rythmico-harmonique d�pendant en grande
partie de ces deux membres. Leur bonne entente musicale est donc � la base de
la r�ussite musicale de la formation enti�re. Cette cons�quence est souvent �
l�origine de nombreuses complicit�s constat�es entre bassiste et batteur, comme
en t�moignent les musiciens interview�s dans le cadre de cette ma�trise.
La modernisation et
l�amplification de l�instrument lib�rent la contrebasse de ses limites
physiques concernant le volume sonore. Cherchant � perfectionner la virtuosit�
et la pr�cision du son, les cordes sont rapproch�es du manche et leur
constitution modifi�e (les cordes en m�tal remplacent les cordes en boyau). Avec
ces innovations, la technique de la main droite change �galement. Le slap,
associ� aux cordes hautes et en boyau (pour leur �lasticit�), est abandonn� et
laisse la place � la supr�matie du pizzicato. Celui-ci est d�abord
pratiqu� en attaquant avec le tranchant de l�index, pour avoir un maximum de
puissance. Puis un deuxi�me (parfois un troisi�me et un quatri�me) doigts
interviennent. S�ajoute � cela la position de la main droite perpendiculaire
aux cordes, utilis�e dans un contexte m�lodique. L�apparition des cellules pour
contrebasse dans les courant des ann�es 1960 r�gle d�finitivement le d�ficit
sonore support� par la contrebasse depuis les d�buts. L�amplification conna�t
aussi des inconv�nients. L�alt�ration du son acoustique provoqu�e par l�amplification
est d�nonc�e par l�ensemble des musiciens. Mais le retour � l�utilisation
acoustique de la contrebasse n�est pas envisageable pour autant, les limites
physiques et sonores impos�es par l�instrument restant pr�sentes.
Cette suite de ph�nom�nes permet
aussi la multiplication des solistes (� la contrebasse), bien que le mouvement
ait d�j� �t� lanc� par des hommes tel que Jimmy Blanton, Slam Stewart, puis
Oscar Pettiford et Ray Brown. L��mancipation de la contrebasse se manifeste
�galement � travers les petites formations, peu nombreuses dans le premier
tiers du XXe si�cle. Par la suite, les trios d�Art Tatum, Oscar
Peterson ou Ahmad Jamal ont largement contribu� au d�veloppement de l�aspect
m�lodique des lignes de basse. Le trio de Bill Evans, form� de Paul Motian
(batterie) et Scott LaFaro (contrebasse), sert de r�f�rence aujourd�hui autant
pour les pianistes, les contrebassistes, les batteurs et pour la musique de
trio dans son ensemble. Scott LaFaro r�volutionne la fa�on d�aborder son
instrument. Les fonctions rythmiques et harmoniques sont pr�sentes (car
sous-entendues) sans �tre jou�es. La basse peut d�sormais assurer son r�le de
soutien rythmique sans marquer la pulsation et informer ses partenaires du
mat�riau harmonique sans pour autant se restreindre � jouer les notes contenues
dans l�accord �voqu�. Il ouvre ainsi une voix (que certains choisiront de ne
pas emprunter) pla�ant le contrebassiste dans la m�me position que les autres
instrumentistes, c�est-�-dire en privil�giant l�interplay (l��coute mutuelle
et la communication entre les membres d�une formation) face � l�ex�cution de
ses fonctions.
Depuis 1960, les courants se sont
multipli�s et aujourd�hui, il existe mille fa�ons d�aborder la contrebasse.
Certains privil�gient un son tr�s soutenu mais �lectrique. D�autres jonglent
avec les syst�mes d�amplification pour obtenir un son le plus acoustique
possible, mettant en avant le rebond pr�sent dans l�impulsion de la note. Quant
au r�le de la contrebasse, les uns choisissent de continuer dans la direction
trac�e par Scott LaFaro, les autres pr�f�rent conserver une fonction rythmique
importante, qu�ils associent � un jeu moins contrapuntique et � un son plus
large. D�autres encore choisissent un compromis entre les diff�rentes �coles
qui ont exist� jusqu�� pr�sent. Il est � noter que la connaissance de leurs
racines ne semble pas �tre la priorit� des contrebassistes actuels, qui
privil�gieraient la recherche d�un style personnel.
Ce travail nous a permis de
survoler le vaste monde des contrebassistes de jazz. Malheureusement,
l�immensit� du sujet nous a contraint � limiter l��tude sur une p�riode donn�e
en ne traitant que les ph�nom�nes qui sont en rapport avec le r�le de la
contrebasse. Cette ma�trise est le fruit d�une ann�e de recherche passionnante.
Pourtant, il nous para�t d�sormais �vident qu�un approfondissement de certains
aspects �nonc�s bri�vement dans le texte pr�sent s�av�rerait tr�s enrichissant.
L�exploration du m�me sujet sur la p�riode compl�mentaire qui s��tend de 1960 �
nos jours serait �videmment une suite logique du travail effectu� � ce jour,
m�me si elle semble beaucoup plus complexe. Tout au long des recherches, nous
nous sommes aper�u que certains acteurs du jazz (non contrebassistes) ont jou�
un r�le significatif dans l��mancipation de la contrebasse. Duke Ellington en
est un exemple majeur. Son influence s�est ressentie sur l�ensemble des
instruments qui ont �t� utilis�s dans son orchestre. Apr�s examen attentif et
focalis�, il nous appara�t que la contrebasse a toujours �t� mise en avant de
fa�on notoire dans l�orchestre du Duke. Qui plus est, on voit d�filer dans
l�orchestre de Duke Ellington des contrebassistes de grand talent depuis la
formation de ses premiers orchestres. Parmi eux, citons entre autres Wellman
Braud, Jimmy Blanton, Oscar Pettiford, Ernie Shepard, Jimmy Woode, Charles
Mingus... Ainsi, une recherche centr�e sur les contrebassistes de Duke
Ellington pourrait manifester un grand int�r�t. D�autre part, l��vocation des
relations particuli�res entre les diff�rents membres de la section rythmique
nous semble �galement exiger, par sa richesse, un approfondissement s�rieux. En
fait, l�objet d��tude � contrebasse � reste encore tr�s largement
inexplor�. Les �tudes actuelles en laissent deviner une richesse f�conde et
prometteuse.
Bibliographie
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le jazz. M�moire de ma�trise pr�sent� pendant l�ann�e scolaire 1986-1987
sous la direction de M. Claude Noisette De Crauzat � l�Universit� de Rouen.
Revues :
Down
Beat, Ao�t-Septembre 1938.
Jazz Hot,
novembre 1963.Modern Jazz Drummer, ao�t-septembre 1980.Down Beat, 25 mars 1965.Modern Drummer,
f�vrier 1993.Jazz Magazine, nov.
1995.Modern Drummer, mai 1984.Les Cahiers du jazz, 1995, n�5.Jazz Magazine, f�vrier 1986, n�347.Jazz Magazine, mars 1984, n�327.Jazz Magazine,
octobre 1980, n�290.Bass World: The Journal of the International
Society of Bassists,
vol. XIV, n�3, printemps 1988.
Sources
Entretiens:
Entretien avec R�mi Vignolo effectu�
le 19 novembre 2002 � Paris.
Entretien avec H�l�ne Labarri�re le 23 novembre 2002 � Paris.
Entretien avec Guillaume Nouaux
donn� le 17 f�vrier 2003 � Paris.
Entretien avec Riccardo Del Fra le 3
d�cembre 2002 � Paris.Entretien avec Jacques Vidal dans le cadre des cours de
contrebasse qu�il donne au conservatoire du 9�me arrondissement.Entretien avec Michel Benita le 21 novembre 2002.
Vid�os :Jazz N.O., �crit et r�alis�
par Philippe Bernardin.
Legends of
Jazz Drumming Part I 1920-50, DCI Music Video, 1996.Pochettes de disques :MORGENSTERN,
Dan, � Duke Ellington And His Orchestra, Early Ellington 1927-34 �,
Bluebird, 1989.
Annexesci contre une
batterie constitu�e d�une grosse caisse, caisse claire, deux toms, cymbale
ride, charleston, woodblock (par terre), bongos�ci contre la
photo d�un wasboard (voir d�f.)
Index(renvoie aux
paragraphes dans lesquels on trouve la personne)
- A -
Allen, Henri
Red : 2.2Allen, Moses : 2.2Armstrong, Louis: 1.2, 1.4, 2.2Atlas, Jim: 3.6, 4.4
Tatum, Art: 4.1, 4.2, 4.3Taylor, Billy : 2.2, 2.4Tercinet, Alain : 4.6Terry, Clarke : 2.2Thigpen,
Ed : 2.3, 2.4, 4.2Thiry,
Emmanuel : 3.4, 3.6Timmons,
Bobby : 4.2Tjader,
Cal : 4.6Tough,
Dave : 2.3Tristano,
Lennie : 1.1Trotman,
Lloyd : 4.1Tucker,
George : 3.1, 3.4Tyner, Mc
Coy : 2.4
- V -
Vidal,
Jacques : 3.3, 3.5Vignolo,
R�mi : 1.1, 3.4, 3.5Vinnegar, Leroy : 4.6Vitous, Miroslav : 3.4, 4.6
- W -
Ware, Wilbur : 3.1, 4.6Weber, Eberhard: 3.4Webster, Ben : 2.2, 4.1Wettling, George : 2.1Williams,
Buster : 3.4Williams,
Tony : 2.1, 2.4, 3.4Woodyard,
Sam : 2.3Workman,
Reggie : 3.1Worrell, Lewis : 4.6
- Y -
Young, Lester : 4.1
- Z -
Zawinul,
Joe : 3.4Zigmund, Elliot :
4.3
Glossaire
- B -
Beat[litt�ralement : battement,
temps] : terme d�signant non seulement le temps, mais aussi la pulsation,
le tempo ou le swing. Be-Bop : d�signe le � nouveau jazz � du
d�but des ann�es 1940 et dont les chefs de file sont Charlie Parker et Dizzy
Gillespie.
- C -
Cha-ba-da (ride cymbal
beat) : onomatop�e utilis�e
par les musiciens fran�ais pour d�signer la figure rythmique fondamentale
employ�e par les batteurs pour jouer le tempo sur la cymbale ride. � l�origine, cette figure fut ex�cut�e sur d�autres �l�ments de la
batterie, notamment le woodbock. Charleston (hi-hat, high hat cymbal, sock
cymbal, off beat cymbal, foot cymbal, pedalcymbal) : �l�ment de la batterie apparu en
1926 dont plusieurs batteurs se disputent la paternit� aux yeux de l�histoire:
Vic Berton, George Stafford, Kaiser Marshall et Sonny Greer. C�est un
assemblage de deux cymbales plac�es horizontalement, dont l�une est fixe et
l�autre mobile gr�ce � une p�dale actionn�e par le pied gauche.
- H -
Hammer : technique guitaristique qui consiste � jouer
deux notes en ne tirant qu�une seule fois sur la corde dans un sens m�lodique
ascendant. L�aspect legato des deux notes en est renforc�.
- P -
Piezzo : cellule
qui capte les vibrations directement sur le bois ou le chevalet de la
contrebasse.
Pull Off : technique similaire � celle du hammer, � la diff�rence que les deux notes jou�es s�encha�nent dans un sens
m�lodique descendant.
- S -
Slap [litt�ralement:
gifle, claque]: Technique employ�e par les contrebassistes consistant � tirer
assez fort sur la corde de fa�on � ce qu'elle claque sur la touche. Elle est
surtout utilis�e dans le premier jazz dans le but d'augmenter le volume sonore
de l'instrument qui ne dispose pas encore d'amplification. Certains, tels que
Milt Hinton ou Gilles Chevaucherie, d�veloppe ce proc�d� en frappant sur les
cordes avec la main. L'alternance des deux techniques leur donne la possibilit�
de jouer des solos rythmiques tr�s spectaculaires en utilisant des figures de
base employ�es par les batteurs. Le slap est abandonn�e par les musiciens des ann�es
1930, � l'exception des contrebassistes de New Orleans qui pratique
toujours ce proc�d�. La technique du slap revient de fa�on modernis�e � la
basse �lectrique dans les ann�es 1970dans
le jazz-rock et le funk (Stanley Clarke, Marcus Miller, Alain Caron).Le slap est parfois utilis� par certains
guitaristes, mais aussi par les saxophonistes et clarinettistes sous une forme
un peu diff�rente.Stride [litt�ralement enjamb�e]: Impression d�enjamb�e que
donne le jeu de main gauche du pianiste dans le style ainsi qualifi�. Le stride piano d�coule de la modernisation
du ragtime et est en vogue parmi les pianistes de Harlem durant les ann�es
1920-1930. Il est consid�r� comme le plus pianistique et le plus difficile de
tous les styles de jeu de jazz au clavier. Il se caract�rise par le jeu de la
main gauche : elle alterne une basse sur les temps forts (1er
et 3�me temps) et un accord sur les temps faibles (2�me
et 4�me temps). Principaux repr�sentants du stride : James P. Johnson, Fats Waller, Willie the Lion Smith
et Art Tatum.
- T -
Tom : �l�ment de
la batterie, c�est un f�t � deux peaux sans timbre. Il en existe de diff�rentes
tailles. Le set d�un batteur de jazz est couramment compos� de deux toms :
un tom m�dium, fix� sur la grosse caisse, et un tom basse, sur
pied et dispos� � c�t� de la caisse claire. Mais le nombre de toms n�est
pas limit� et varie en fonction de la pr�f�rence de chaque batteur.
- W -
Washboard
[litt�ralement planche � laver] : instrument constitu� d�une petite t�le
ondul�e mont�e sur une planche � laver. Le washboardiste utilise des d�s �
coudre enfil�s sur chaque doigt pour racler, frotter et percuter la t�le afin
de fournir une assise rythmique � l�orchestre. Les washboard bands
fleurissaient dans les ann�es 1920-30.
Woodblock
[litt�ralement bloc de bois] : en palissandre ou autre bois dur, cet
instrument est jou� dans le th�atre populaire chinois et japonais. Il fait
partie int�grante de la batterie de jazz du d�but, peu � peu abandonn� � partir
des ann�es 1930.
Table des Illustrations
Photos :
1.2 : Orchestre de
Buddy Bolden (photographie appartenant primitivement � la collection
particuli�re de Willie Cornish, 1905,photocopi�e � partir de l�ouvrage suivant : MARQUIS, Donald
M., Buddy Bolden, le premier musicien de jazz,Mesnil-sur-l�Estr�e, �ditions Deno�l, 24
octobre 1989).
1.2 : Contrebasse de
Pops Foster (photographie particuli�re prise au Mus�e de La
Nouvelle-Orl�ans)
Partitions :
1.2 : le groove typique
de La Nouvelle-Orl�ans.
1.4 : solo de Wellman Braud sur Make Me a
Pallet On the Floor (avec Kid Ory). 2.1 : le cha-ba-da.2.2 : les nuances chez Walter
Page.
3.1 : solo de Jimmy
Blanton sur Body and Soul (avec Duke Ellington).
4.1 : solo de Bill Johnson sur Bull Fiddle
Blues (avec Johnny Dodds).4.1 : solo d�Oscar Pettiford sur Don�t
Squawk.4.1 : th�me de Bohemia After Dark
(compostion d�Oscar Pettiford).4.5 : accompagnement et solo
de Scott LaFaro sur S�Posin (avec Victor Feldman).
Table des �uvres cit�es
Chapitre 1
*Bourbon Street Parade,
Algiers
Brass Band, Sound of New Orleans, New Orleans, 6,7 et 8 mai 1992.*If Dreams Come True, James P. Johnson, Columbia,
New York, 14 juin 1939.*My Home Is in a
Southern Town,
Don Ewell, Good Time Jazz, 21 et 22 juin 1957, San Fransisco.*Mahogany Hall Stomp, Louis Armstrong, Sony Music,
New York, enregistrement du 5 mars 1929.*Black Bottom Stomp, Jelly Roll Morton, RCA,
Chicago, 15 septembre 1926.*Mandy Lee Blues, Creole Jazz Band
De King Oliver, 5 et 6 Avril 1923.*Ory�s Creole Trombone, Ory�s Sunshine
Orchestra, Hot�n Sweet, Los Angeles, juillet 1922.*Society Blues, Ory�s Sunshine
Orchestra, Hot�n Sweet, Los Angeles, juillet 1922. *Black
Rag, Original Tuxedo Jazz
Orchestra de Papa Celestin, Azure, La Nouvelle-Orl�ans, 23 janvier 1925.*Milenberg Joys, Ted Lewis, 22
juin 1925.*High Society, Sidney Bechet, Blue
Note, enregistr� le 29 janvier 1945.*Wolverine Blues, Don Ewell, Good
Time Jazz, San Francisco, juin 1957.*Copenhagen, Sidney Bechet, Blue
Note, 19 avril 1950.*Blue Horizon, Sidney Bechet, Blue
Note, 20 d�cembre 1944.*Mary, my Maryland, Kid Ory, Giants
of Jazz, 1956.*Hot Feet, Duke Ellington, Classics
n�569, New York, 7 mars 1929.*Washington Wobble, Duke Ellington, Classics
n�542, New York, 10 juin 1927.*Make Me a Pallet On The Floor,
Kid Ory, Good Time Jazz, Los Angeles, novembre 1955.*Mississipi Moan, Duke Ellington, Classics
n�569, New York, 1er mars 1929.
Chapitre 2
*The
Ragtime Drummer, James Lent, � Anthology of Jazz Drumming vol.1 �, 1904.*Down
Home Rag, Versatile Four, 3 f�vrier 1916.*Bandanna Babies,Duke Ellington, Classics n�559, New York, 15 novembre 1928.*I Must Have That Man, Duke Ellington, Classics
n�559, New York, 15 novembre 1928. *Bill
Bailey, Henri Red Allen.*Saragota Shout, Luis Russell, 24 janvier
1930.
Chapire 3
*I�m an Old Cowhand,Sonny Rollins, Los Angeles, 7 mars 1957.*Way at West, Sonny Rollins,
Los Angeles, 7 mars 1957.*So What, Miles Davis, Columbia/Sony
Music, New York, 1959.*Hot and Brothered, Duke Ellington, Classics
n�550, New York, 1er octobre 1928.*Orange, Weather Report,
Columbia, 1971.*Cristal, Weather Report,
Columbia, 1972.*Medley, Weather Report,
Columbia, Tokyo, 1972.*Mortgage on my Soul, Keith Jarrett, Atlantic,
New York, 15 et 16 juillet 1971.*On Green Dolphin� Street, Eric Dolphy, Prestige,
New York, 1er avril 1960
Chapitre 4
*Granpa�s Spell, Jelly Roll Morton,
RCA, Chicago, 16 d�cembre 1926, 2�me prise. *Bull Fiddle Blues, Johnny Dodds,
1928.*Double Check Stomp, Duke Ellington, Classics
n�596, New York, 6 d�cembre 1930.*Blues of Israel, Gene Krupa, 1935.*But Not For Me, Ahmad Jamal, Vogue,
Chicago, 16 janvier 1958.*Tomorrow, Slam Stewart &
Major Holley, Delos, New York, 6 d�cembre 1981.*Dopey Joe, Slim & Slam, Swing
Music Series, New York, 9 novembre 1938.*I Got Rhythm, Art Tatum, Classics
n�800, New York, 5 janvier 1944.*Sometimes I�m Happy, Lester Young, Keynote,
28 d�cembre 1943.*I Got Rhythm, Don Byas, Commodore,
1945.*Laughing At Life, Kansas City, Classics
n�912, New York, 18 mars 1938.*Pagin� the Devil, Kansas City, Classics
n�912, New York, 22 mars 1944.*Jack the Bear, Duke Ellington, Giants
of Jazz, Chicago, 6 mars 1940.*Pitter Panther Patter, Duke Ellington,
Giants of Jazz, Chicago, 1er Octobre 1940.*Mr. J.B. Blues, Body And Soul,
Sophisticated Lady, Duke Ellington, Giants of Jazz, Chicago, 1er
octobre 1940. *Plucked Again et Blues, Duke
Ellinton, Giants of Jazz, Chicago, 22 novembre 1939.*Boogie Bop Blues, Duke Ellington,
Hollywood, 6 octobre 1947.*Mean Ol� Choo Choo, Duke Ellington, Classics
n�1191, New York, 21 septembre 1950.*Me and My Wig, How Blue Can
You Get, Juke Bop Boogie, Set�Em Up, The New Piano Roll Blues, Duke Ellington, Classics
n�1191, New York, 21 septembre 1950.*Oscalypso, Oscar Pettiford his
cello and quartet, 13 septembre 1950, New York.*Perdido, Duke Ellington,
1953.*It�s Mad, Mad, Mad, Duke Ellington,
Hollywood, 1er octobre 1947.*Hy�a Sue, Duke Ellington,
Hollywood, 14 Ao�t 1947.*I Fell and Broke My Heart, Duke Ellington,
Hollywood, 29 septembre 1947.*You�re Just an Old
Antidisestablishmentarianismist, Duke Ellington, Hollywood,
30 septembre 1947.*You Gotta Crawl Before You
Walk, Duke Ellington, Hollywood, 1er octobre 1947*Ouverture To a Jam Session, Duke Ellington, Musicraft
records, New York, 11 d�cembre 1946.*Happy-Go-Lucky Local, Duke Ellington, Musicraft
records, New York, 11 d�cembre 1946.*The Man I Love, Coleman Hawkins, New
York, 23 d�cembre 1943.*My Romance, Bill Evans, New
York, Village Vanguard, Riverside, 25 juin 1961.*My Foolish Heart, Bill Evans, Village
Vanguard, 25 juin 1961.*Blue In Green, Bill Evans, Riverside,
New York, 28 d�cembre 1959, take 3.*Autumn Leaves, Bill Evans,
Riverside, New York, 28 d�cembre 1959,take 1.*All of You, Bill Evans, New
York, Village Vanguard, Riverside, 25 juin 1961.*Solar, Bill Evans,
Village Vanguard, 25 juin 1961.*S�Posin, Victor Feldman,
Los Angeles, 21 janvier 1958. *Who Can I Turn To?, Booker Little,
Time, 13 et 15 avril 1960.*Getz, Stan, �Stan The Man�, Verve, New
York, 21 f�vrier 1961.
Table des mati�res
Remerciementsp.
3Introductionp.
4
Chapitre 1 : Le premier r�le de la basse : une
fonction fondamentale
1.2. Le
balancement de La Nouvelle-Orl�ansp.
10
1.2.
Contrebasse et tuba : � qui revient l�h�g�monie ?p. 13
1.3. Les
premiers enregistrements et leurs contraintesp.
16
1.4. Pops
Foster et Wellman Braudp.
19
Chapitre 2 : L��largissement : les transformations
provoqu�es par le contact avec la batterie
2.1. La
naissance du cha-ba-dap.
232.2. L�alter
ego du cha-ba-da : la walking bassp.
262.3.
Influences r�ciproques basse/batteriep.
282.4.
Complicit� et importance du couple basse/batteriep. 30
Chapitre 3 : L��volution technique et l�amplification
3.1. Les
diff�rentes conceptions du sonp.
34
3.2.
Cons�quences de la transformation des mat�riauxp.
36
3.3.
Modification de la hauteur des cordesp.
37
3.4.
L�apport de l�amplificationp.
39
3.5. Le revival
du vieux sonp.
44
3.6.
�volution vers un jeu � deux doigtsp.
45
Chapitre 4 : L�accession � un stade �quivalent � celui
d�un instrument soliste, c�est-�-dire absolument tourn� vers le m�lodique, tout
en conservant sa fonction premi�re d�accompagnement
4.1. Les
premiers solos de contrebassep.
49
4.2. Le
trio et la nouvelle place accord�e � la bassep.
55
4.3.
L�apport du trio de Bill Evans � Scott LaFarop.
58
4.4.
Innovations �tablies par Scott LaFarop.
60
4.5. Scott
LaFaro hors du trio de Bill Evansp.
63
4.6. Aboutissement
des recherches amorc�es par Jimmy Blantonp.
65
Conclusionp.
69Bibliographiep.
73Sourcesp.
76Annexesp.
77Indexp.
86Glossairep.
94Table des illustrationsp.
97Table des �uvres cit�esp.
98Table des mati�resp. 101
[1]Body and Soul, Duke Ellington, Giants of Jazz, Chicago, 1er octobre 1940.
[2]Le gumbo
est le plat typique de La Nouvelle-Orl�ans.
[11]
� Jazz N.O. � �crit et r�alis� par Philippe Bernardin.
[12] Nous
appellerons pr�-jazz la musique de La Nouvelle-Orl�ans (essentiellement) jou�e
avant 1917 (brass band, orchestre de danse). En effet, 1917 est choisie
comme date charni�re car elle correspond au premier enregistrement dit
� de jazz �.
[13] SCHULLER, Gunther. L�histoire du
jazz 1. Le premier jazz. Des origines � 1930. �ditions Parenth�ses, 1997, Marseille
(traduction fran�aise). 1�re �dition : Oxford University Press,
1968.
[14] L'impression pour l'auditeur que le
son perdure alors que le son r�el est termin� est une id�e confirm�e par les
derniers travaux faits sur la psychologie de la perception. (Cf. JIMENEZ,
Manuel, La psychologie de la perception,
Flammarion, 1997, France.)
[15] Voir
chapitre 1 du livre de Gunther Schuller cit� ci-dessus.
[16]Mahogany Hall Stomp, Louis Armstrong, Sony Music, New York, enregistrement du 5
mars 1929.
[17]Black Bottom Stomp, Jelly Roll Morton, RCA, Chicago, 15 septembre 1926.
[19] Les
instruments � cordes et � lamelles pinc�es (harpes, lyres, cythares et sanzas)
ont, apr�s ceux de percussion, la supr�matie de la musique africaine. Parmi
ceux-ci, on peut entendre des instruments � cordes au registre proche de celui
de la contrebasse. La cithare inanga, dont le son nous rappelle � la
fois celui de la guitare et celui de la contrebasse, consiste en une table de
r�sonance en bois tendre sur laquelle une seule longue corde en tendon de b�uf
forme le r�seau des huit cordes.
[20] Le
cornet fait office de micro avant l�apparition de celui-ci.
[22]
PACZYNSKI, Georges. Une histoire de la batterie de jazz. Tome 1. �ditions
Outre Mesure, Paris, 1997, p. 87.
[23] BERGEROT, Franck. Le jazz dans tous ses �tats. �ditionsLarousse, Bologne (Italie), 2001, p.
48.
[24]LOMAX, Alan. Mister
Jelly Roll. Premi�re �dition en 1950. Derni�re �dition en 1980 par les
Presses Universitaires de Grenoble, � Conde-sur-Noireau. p. 83.
[67]
Entretien avec l�auteur donn� le 17 f�vrier 2003 � Paris.
[68]
Entretien avec l'auteur le 3 d�cembre 2002 � Paris.
[69]Propos tir�s d�une interview de Charlie Haden
dans Jazz Magazine.
[70]I�m an Old Cow Hand, Sonny Rollins, Los Angeles, 1957.
[71]Way at West, Sonny Rollins, Los Angeles, 1957.
[72] A �couter : George Tucker avec
Eric Dolphy (� Outward Bound �, par exemple), Wilbur Ware avec Sonny
Rollins (� A Night At The Village Vanguard �), Bob Cranshaw avec
Sonny Rollins (� The Complete Sonny Rollins �) et Walter Booker avec
Sonny Rollins (� Sonny Rollins On Impulse! �).
[73] MARTYN, Barry, New Orleans Jazz:
the End of the Beginning, New Orleans, Jazzologie Press, 1998.
[77]So What, Miles Davis, Columbia/Sony Music, New York, 1959.
[78] BRIFFAUX,
Laurent,� La basse de Scott LaFaro �, Les Cahiers du Jazz,
1995, n�5, p. 70.
[79]Hot and Brothered, Duke Ellington, Classics n�550, New York, 1er
octobre 1928.
[80] THIRY, Emmanuel. La
contrebasse dans le jazz. M�moire de ma�trise pr�sent� pendant l�ann�e
scolaire 1986-1987 sous la direction de M. Claude Noisette De Crauzat �
l�Universit� de Rouen.
[100]
Entretien avec l�auteur le 19 novembre 2002.
[101]
PACZYNSKI, Georges. Une histoire de la
batterie de jazz. Tome 1. �dition Outre Mesure, Paris, 1997, p. 56.
[102]
THIRY, Emmanuel. La contrebasse dans le jazz. M�moire de ma�trise
r�alis�e � l�universit� de Rouen pendant l�ann�e scolaire 1986-87 sous la
direction de M. Claude Noisette de Crauzat.
[103]
BRIFFAUX, Laurent, Les Cahiers du Jazz, � La Basse de Scott
LaFaro �, n�5, 1995, Presses Universitaires de France, Paris, p. 58.
[106]Double Check Stomp, Duke Ellington, Classics n�596, New York, 6 d�cembre 1930.
[107]Blues of Israel, Gene Krupa, DECCA, Chicago, 19 novembre 1935.
[108]But Not For Me, Ahmad Jamal, Vogue, Chicago, 16 janvier 1958.
[109]
GERBER, Alain, Portrait en Jazz, �ditions Bordas, Paris, 1989.
[110]
Il faut pr�ciser que celui-ci chante � la m�me octave que la contrebasse, alors
que Slam Stewart chante une octave plus haut. Le disque qu�ils ont enregistr�
ensemble est remarquable. En
voici un extrait : Tomorrow (cd1, plage 31), Slam Stewart & Major Holley, Delos, New York, 6 d�cembre 1981.
[111]Dopey Joe, Slim & Slam, Swing Music Series, New York, 9 novembre
1938.
[112]I Got Rhythm, Art Tatum, Classics n�800, New York, 5 janvier 1944.
[115]Laughing At Life, Kansas City, Classics n�912, New York, 18 mars 1938.
[116]Pagin� the Devil, Kansas City, Classics n�912, New York, 22 mars 1944.
[117]Jack the Bear, Duke Ellington, Giants of Jazz, Chicago, 6 mars 1940.
[118]Pitter Panther Patter, Duke Ellington, Giants of Jazz, Chicago, 1er Octobre 1940.
[119]Ibid., Mr. J.B. Blues, Body And Soul, Sophisticated
Lady sont graves le 1er octobre 1940. Plucked Again et Blues
sont graves le 22 novembre 1939.
[120]Boogie Bop Blues, Duke Ellington, Hollywood, 6 octobre 1947.
[121]Mean Ol� Choo Choo, Duke Ellington, Classics n�1191, New York, 21 septembre 1950.
[122]Me and My Wig, How Blue
Can You Get, Juke Bop Boogie, Set�Em Up, The New Piano Roll Blues, Duke Ellington, Classics n�1191, New York, 21 septembre
1950.
[123]Oscalypso, Oscar Pettiford his cello and quartet, 13 septembre 1950, New York.
[124]It�s Mad, Mad, Mad, Duke Ellington, Hollywood, 1er octobre 1947.
[125]Hy�a Sue, Duke Ellington, Hollywood, 14 Ao�t 1947.
[126]I Fell and Broke My Heart, Duke Ellington, Hollywood, 29 septembre 1947.
[127]You�re Just an Old
Antidisestablishmentarianismist, Duke Ellington, Hollywood,
30 septembre 1947.
[128]You Gotta Crawl Before You
Walk, Duke Ellington, Hollywood, 1er
octobre 1947.
[129]Ouverture To a Jam
Session, Duke Ellington, Musicraft records,
New York, 11 d�cembre 1946.
[130]Happy-Go-Lucky Local, Duke Ellington, Musicraft records, New York, 11 d�cembre 1946.
[131]
Notes caract�ristiques du blues, form�es � partir de l�abaissement d�un
demi ton de la tierce, la quinte et la septi�me de l�accord.
[132]The Man I Love, Coleman Hawkins, New York, 23 d�cembre 1943.
[133]
GERBER, Alain, � contrebassistes modernes �, jazz moderne,
Casterman 1971, p. 222.
[134]
HENNESSEY, Mike, � Sous le r�gne de Ray �, Jazz Magazine, mars
1984, n� 327, p. 18.
[151]Autumn Leaves, Bill Evans, Riverside, New York, 28 d�cembre 1959,take 1.
[152]All of You, Bill Evans, New York, Village Vanguard, Riverside, 25 juin 1961.
[153]Solar, Bill Evans, Village Vanguard, 25 juin 1961.
[154]�The Legendary Scott LaFaro�,
The Journal of the International Society of Bassists, vol. XIV, n�3, printemps 1988.
[155]Double stop signifie jouer deux notes simultan�ment. On peut jouer en triple
ou quadruple stop.
[156]S�Posin, Victor Feldman, Los Angeles, 21 janvier 1958.
[157]Who Can I Turn To?, Booker Little, Time, 13 et 15 avril 1960.
[158] GETZ, Stan, � Stan the
Man �, Verve, 21 f�vrier 1961, New York.
[159]HENNESSEY, Mike, � Sous le r�gne de Ray �, Jazz Magazine,
mars 1984, n�327, p. 18,
[160]
TERCINET, Alain. Jazz West Coast. Editions Parenth�ses, 1986, Marseille, p. 166 et 288.
[161]
Entretien avec l�auteur le 21 novembre 2002.
[162]
Le neurobiologiste Antonio Damazio dit � Tout organisme vivant tend �
l�hom�ostasie �. (Damazio, Antonio, Spinoza avait raison, mayenne,
�ditions Odile Jacob, avril 2003.)